La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Edito

Ensemble et pas chacun pour soi

Ensemble et pas chacun pour soi - Critique sortie Avignon / 2021 Avignon

EDITO

Publié le 25 juin 2021 - N° 290

Malgré l’incertitude et les contraintes imposées par la crise sanitaire, les retrouvailles ont lieu…  

Vous souvenez-vous de cette cantatrice italienne chantant pour ses voisins sur son balcon ? Parmi toutes les initiatives imaginées par des artistes et partagées via les réseaux sociaux, laquelle a frappé votre esprit ? Si les écrans peuvent se révéler instrument de connaissance et de créativité, force est de souligner leur grande diversité d’usages et singulièrement leur pouvoir de nuisance lorsqu’ils propagent mensonges, insultes et condamnations. Nous sommes heureux de retrouver l’archaïsme et la magie du théâtre, unissant dans un temps délimité et une commune présence la scène et la salle, les artistes et les spectateurs. Malgré l’impact colossal de la crise sanitaire, heureusement tempéré en France par l’action de la puissance publique, malgré les contraintes d’un protocole sanitaire toujours susceptible d’évoluer, les artistes se sont lancés dans l’aventure incertaine d’Avignon. Non seulement le Festival d’Avignon In et Off a lieu, mais il n’a rien cédé de son ambition artistique et de son foisonnement créatif. Alors que le Off présentait 1592 spectacles en 2019, inscrit en cela dans une logique expansionniste à questionner, il en compte 1070 cette année, ce qui vu le contexte est énorme.

Dans le sillage de la pandémie mais aussi des mouvements #MeToo et Black Lives Matter, le milieu culturel appelle plus que jamais à transformer le monde, répondre à l’urgence écologique, contrer les impératifs comptables du toujours plus, promouvoir la diversité et l’égalité hommes-femmes. La création ne saurait cependant se résumer à une visée revendicatrice. Si l’art reflète l’époque, il en dépasse aussi les petitesses : son expression ouvre des perspectives inattendues, s’aventure au-delà du langage vers l’invisible et le paradoxal, transcende et déjoue les assignations, maintient en éveil le doute et le désir de dire. Poète de la liberté et de la révolte, René Char écrit dans Chants de la Balandrane : « Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d’eux. »

Plongé dans les infinis visages du vivant, l’art trouble et interroge, à l’encontre de schémas d’opposition qui évacuent l’importance du faire et éliminent la nuance. Serions-nous réduits à suivre une pente identitaire, qui départage catégoriquement dominé et dominant, blanc et “racisé“, homme et femme… ? Comment dans ces conditions dresser l’oreille à ce qui n’est pas soi, combattre efficacement et librement le poison des discriminations, du racisme et de l’antisémitisme ? Actuellement aux États-Unis, la censure moralisatrice est trop souvent amenée à prendre l’ascendant sur le débat d’idées dans le champ culturel. C’est désolant. C’est pourquoi pour célébrer au contraire l’idée de passage et de transmission, nous avons consacré deux grands entretiens au thème de la traduction, qui permet de faire sien et d’aimer des mondes inconnus et étrangers.

Afin d’éclairer les choix des festivaliers, notre hors-série Avignon en Scène(s), distribué pendant toute la durée du festival, présente environ 300 projets, dont quasiment l’intégralité de la programmation du In (du 5 au 25 juillet 2021) et une sélection de celle du Off (du 7 au 31 juillet 2021).

Bonne lecture et bon festival !

A propos de l'événement

Festival d'Avignon 2021


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