La Terrasse

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Théâtre - Critique

Éloge de l’oisiveté

Éloge de l’oisiveté - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Anik Rubinfajer Légende : « Le facétieux Dominique Rongvaux, à l’image de Bertrand Russell. »

Publié le 10 mars 2012 - N° 196

Dominique Rongvaux fait L’Éloge de l’oisiveté d’après Bertrand Russell, mis en scène par Véronique Dumont. Un spectacle militant pour l’art de vivre bien.

En ce vingt-et-unième siècle bien débuté, l’idée de travail invite à la méditation. Si les misérables du dix-neuvième siècle sont devenus les chômeurs du vingtième, apparaissent désormais les travailleurs pauvres, le travail ne garantissant plus rien. Le travail – une valeur perdue – est appréhendé comme incertain et provisoire, soumis non plus aux petits chefs tyranniques mais aux aléas du marché – la véritable autorité – que personne ne semble contrôler. Seul sur le plateau, l’acteur se dit assez rétif à l’exercice d’un métier, plutôt enclin à fuir l’activité productive pour rechercher l’inaction, l’indolence et la paresse. Si Conrad n’aimait pas le travail par exemple, il aimait « ce qui est dans le travail l’occasion de se découvrir soi-même ». Rongvaux « se découvre » précisément en refusant la moindre occupation. Le conférencier se prête à la lecture de L’Éloge de l’oisiveté du mathématicien et philosophe anglais Bertrand Russell, pacifiste engagé dans l’amélioration de la vie des hommes. Les progrès techniques de la révolution industrielle ont créé des richesses ; or, elles ne sont accumulées que par quelques-uns alors que la plupart restent soumis à un travail pénible. Il faudrait répartir davantage les bénéfices…

Tourner en dérision le culte de l’efficacité

Pour illustration, une fable de La Fontaine – Le Savetier et le Financier –, le Petit Traité de désinvolture de Denis Grozdanovich, avec l’anecdote du paresseux, dix jours de suite accroché à la même branche, reniant toute forme de “struggle for life“. L’acteur cite Isaac Babel, correspondant de guerre et auteur de Cavalerie rouge. La bonté est la qualité morale dont les hommes ont le plus besoin. Mais n’est-elle pas appliquée par ceux-là mêmes qui échappent à la contrainte du labeur tandis que les non privilégiés ont toutes les raisons de se laisser aller à la méchanceté ? Gardons l’optimisme, clame l’orateur, une force d’espérer là où les autres se résignent : « Nous ferons ce que nous avons toujours fait, nous essaierons… » Ironie, antiphrase, distance, dignité et nonchalance étudiée, une manière élégante de ne pas y toucher, l’acteur s’amuse pourtant à désigner du doigt les contradictions des raisonnements dans la défense du travail. Le comédien malicieux tourne en dérision le culte de l’efficacité. Avant de faire le Conservatoire de Mons, l’acteur, sorti d’HEC à Liège, était spécialiste d’audit en management : « Vous ne savez rien faire et vous dites à des gens qui travaillent depuis vingt ans qu’ils devraient travailler autrement. ». À quoi sert-il d’entasser son argent ? Mieux vaut chercher avec Baudelaire « Une chambre qui ressemble à une rêverie … L’âme y prend un bain de paresse, aromatisé par le regret et le désir. » Et savoir déguster une pomme.

Véronique Hotte


L’Éloge de l’oisiveté, un spectacle de Dominique Rongvaux, d’après Bertrand Russell ; mise en scène de Véronique Dumont. Du 21 au 24 mars 2012 à 21h, dimanche 25 mars à 19h. Centre Wallonie Bruxelles 7 rue de Venise 75004 Paris. Tél : 01 53 01 96 96. Spectacle vu au Théâtre des Martyrs à Bruxelles. Du 2 mai  au 1er juillet 2012, du mardi au samedi. Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple 75011 Paris. Réservations : 01 48 06 72 34

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