La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Cyril Teste

« Du poétique et du politique »

« Du poétique et du politique » - Critique sortie Avignon / 2011

Publié le 10 juillet 2011

Reset explorait la labilité de l’identité, ce qu’il en reste lorsqu’on perd la mémoire. Avec Sun, Cyril Teste et le collectif MXM se rapprochent encore de l’origine, de l’enfance, d’où tout part et s’évanouit, avec un spectacle qui fait le pari de confier ses premiers rôles à des enfants de moins de dix ans.

Le projet de Sun part-il d’un fait divers ?
Cyril Teste : Absolument. Il y a deux ans, le soir de la St-Sylvestre, trois petits enfants allemands qui avaient 6 et 7 ans sont partis de chez eux pour aller se marier près du soleil. Ils ont fait leurs bagages, en plein hiver avec des affaires de plage, et sont partis de chez eux au petit matin. Ils ont pris le bus, le tramway, et se sont retrouvés à la gare où la police les a interceptés. Ils ont expliqué qu’il ne fallait pas s’inquiéter, qu’ils allaient partir en Afrique pour se marier, et qu’ils reviendraient. Le troisième enfant devait être le témoin du mariage. Reset, à travers la question de la disparition, questionnait ce qu’il nous reste de l’enfance. Avec ce deuxième volet, j’ai voulu passer de l’ombre à la lumière. C’est d’ailleurs le titre Sun qui m’est venu en premier.

Que vous inspire cette histoire ?
C.T : Je ne sais pas. Je suis parti spontanément sur cette histoire car elle m’anime. Pour moi, cette histoire, c’est une parenthèse, une bulle dans le monde cynique des adultes. Ce qui me paraît intéressant chez l’enfant, c’est qu’à aucun moment il ne perd le désir de jouer. Mais rien de cela ne sera perceptible au plateau, cette histoire ne doit pas servir un propos.

Vous vous éloignez donc d’un théâtre technologique en prise directe avec la société qui faisait votre marque de fabrique ?
C.T : Avec le collectif, nous travaillons par cycles. Et avec Reset, nous avons ouvert une nouvelle recherche autour de la grammaire du plateau. Nous cherchons à faire disparaître au maximum la présence des technologies même si elles restent très présentes dans notre travail. Nous recherchons l’épure, avec une scénographie minutieuse qui tente de ne pas écraser l’acteur. Nous voulions nous émanciper de cette question d’une société technologique, à laquelle nous étions un peu assignés, pour nous rapprocher d’un théâtre plus intime et poétique. Je crois qu’aujourd’hui faire du poétique, c’est faire du politique, que le poétique est subversif car il offre des endroits où on peut respirer et où l’on se sent libre.

« On se rend compte que l’expérience humaine détermine la forme. »

Cette liberté est-elle celle de mettre en scène des enfants de 9 ans ?
C.T : Avignon est un espace de liberté assez fantastique. Même si l’on ressent bien sûr une pression, encore plus lorsque les trompettes se mettent à sonner. C’est sûr qu’avec ce projet, on s’expose au maximum. On arrive avec quelque chose de complètement inattendu, même pour nous. Peut-être que là où ça peut faire peur, on essaye de se faire peur encore davantage. Mais je me dis aussi que ces enfants dont nous parlons n’ont pas eu peur de quitter leurs parents à 6h du matin à Hanovre dans la nuit pour partir vers l’Afrique. Cette parenthèse dont on veut parler doit nous permettre de nous extraire de toute peur. Je me mets en aspiration derrière l’élan de ces enfants-là.

Comment composerez-vous avec leur jeune âge ?
C.T : Nous voulons travailler sur les figures de l’enfance, sur les cartes postales mentales de cet âge. On va faire dévier le fait divers vers une dimension fantastique de l’objet sans tomber dans le conte, et en même temps nous interroger sur la dramaturgie. Mais la contrainte de l’âge nous déporte aussi vers des questions plus relationnelles. Ce sont des enfants, il va falloir s’occuper d’eux. Et dans notre travail, on se rend compte que l’expérience humaine détermine la forme, que seule compte cette expérience humaine vécue au plateau. Ça va être extrêmement fragile et c’est ce qui m’intéresse. Il faut donner un corps inattendu et fragile au théâtre. C’est ce qui nous a fait partir dans ce projet.

Propos recueillis par Eric Demey


Festival d’Avignon. Sun de Cyril Teste et du collectif MxM, du 7 au 13 juillet, salle Benoît XII, 20 rue du Portail Boquier. Tél : 04 90 14 14.

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