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Théâtre - Agenda

Dom Juan

Dom Juan - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : DR Légende photo : Clément Bresson, Dom Juan pour René Loyon.

Publié le 10 janvier 2011 - N° 184

René Loyon fait le choix d’un « théâtre de chambre » pour approcher au mieux l’intimité du « grand seigneur méchant homme » entraîné dans le bal fantasmagorique de ses désirs et de ses angoisses.

Loin des grands espaces d’une Sicile imaginaire où se croisent aristocrates à l’espagnole et paysans des campagnes françaises, René Loyon enferme son Dom Juan dans une chambre aux « vieux meubles fatigués » baignés dans « un singulier clair-obscur ». Pascal, qui fréquenta en son temps ces libertins qui se voulaient esprits forts et osaient se passer de Dieu, fut un des premiers à remarquer que la nécessité du divertissement empêche quiconque de pouvoir demeurer en repos dans une chambre : dans le face à face avec soi-même qu’entraîne la réclusion camérale, la misère de sa condition s’impose à l’homme et il a tôt fait de tout imaginer et de tout machiner pour échapper à l’angoisse métaphysique qui l’étreint, même de courir de femme en femme comme d’aucuns courent les lièvres ou d’autres s’adonnent à la fièvre du jeu. Le parti pris de René Loyon, fidèle à la volonté d’un théâtre « vu de près » cher à Antoine Vitez, a ainsi le mérite de proposer une lecture presque janséniste de ce provocateur iconoclaste qu’est Dom Juan, plus taraudé par le mystère de l’infini qu’avide d’un catalogue de conquêtes, plus profondément philosophe qu’élégamment mozartien… Dans le « palazzo mentale » de sa chambre, René Loyon présente donc un Dom Juan aux prises avec son imaginaire et ses fantasmes, prisonnier d’une dérive beckettienne, en quête de lui-même et du Ciel. Six comédiens assument tous les rôles de cette fascinante errance, dans un rapport de proximité et d’ouverture avec le public, afin d’autant mieux partager avec lui les affres pitoyables et admirables de ce héros de la démesure.
 
Catherine Robert


Dom Juan, de Molière ; mise en scène de René Loyon. Du 10 janvier au 13 février 2011. Lundi, mercredi, jeudi, vendredi à 20h30 ; samedi à 19h ; dimanche à 17h. Théâtre de l’Atalante, 10, place Charles-Dullin, 75018 Paris. Tél : 01 46 06 11 90.

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