La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien / Renaud Danner

Dieu habite Düsseldorf

Dieu habite Düsseldorf - Critique sortie Avignon / 2018 Avignon Avignon Off. Théâtre du Petit Louvre
Renaud Danner et Eric Verdun Crédit : DR

Théâtre du Petit Louvre / de Sébastien Thiéry / mes Renaud Danner et Eric Verdun

Renaud Danner et Eric Verdun mettent en scène et interprètent les neuf sketches absurdes, incisifs et désespérés qui composent la pièce surréaliste et drôle écrite par Sébastien Thiéry.

« Sébastien Thiéry décrit une société dérangée où les rapports sont truqués. »

Qui sont Monsieur 1 et Monsieur 2 ?

Renaud Danner : Monsieur 1 et Monsieur 2 sont issus d’un monde où les hommes sont triés par incompétences, n’ont pas d’amis, pas de sexe, pas de partenaires, plus de parents : le nôtre. 2 et 1 sont proches de 0, des zéros plutôt que des héros. Ils sont condamnés à dialoguer. Dans la plupart des scènes, il y a un rapport dominant /dominé, il y a l’idiot et le gourou, le vendeur et le client, etc. On veut intervertir les rôles d’épisode en épisode. Il n’y a pas d’identités fixes, le clown blanc d’un côté et le clown rouge de l’autre. Eric et moi avons deux natures très différentes. Chaque sketch aborde un problème de société, il y a une situation à traiter et il faut la jouer au premier degré, très sérieusement, ce qui demande beaucoup de concentration, car c’est quand même très drôle.

Que raconte l’auteur de ce que nous sommes avec ce texte ?

R. D. : Pour parler comme un dramaturge, ce que je ne suis pas, on est clairement dans une sorte d’enfer post-historique dans cette pièce. L’intime le plus sordide est médiatisé comme si c’était normal. Le sexe est un toy accessoirisé, on se balade avec un parent empaillé. Il y a un petit côté film d’horreur ou d’anticipation. L’ensemble des sketchs compose un catalogue d’incapacités poussées à leur paroxysme jusqu’à l’absurde. On veut se comporter normalement, être comme tout le monde, mais les tares qu’on véhicule sont tellement énormes qu’on n’arrive plus à trouver sa place dans la relation. Qu’on essaye de créer du lien social ou affectif, qu’on joue au docteur et au malade, au marchand et au client, à faire ami-ami, tout est déréglé. C’est pathétique et hilarant. Sébastien Thiéry décrit une société dérangée où les rapports sont truqués, mais il en rit, il rit de ce que nous sommes devenus, tel un dieu moqueur face à ses créatures. Il joue au mécano en recréant des situations, comme un enfant méchant s’amuse avec des jouets ou des insectes.

Quel univers créez-vous ?

R. D. : Clinique, car l’écriture de Sébastien Thiéry est chirurgicale. Il découpe l’intimité de ses personnages au scalpel, il les étudie au microscope. Ludique, parce nous voulons que l’espace soit un terrain de jeu avec un côté farces et attrapes, des gadgets, des intermèdes. On pourrait rajouter plastique, car ces personnages sont un peu comme des clones, des robots sur lesquels on expérimente des trucs. La matière plastique renvoie à une esthétique seventies : le côté toc de ces années-là nous plaît beaucoup.

 

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Dieu habite Düsseldorf
du Vendredi 6 juillet 2018 au Dimanche 29 juillet 2018
Avignon Off. Théâtre du Petit Louvre
23, rue Saint-Agricol, Avignon

à 22h ; relâches les 11, 18 et 26 juillet. Tél. : 04 32 76 02 79.


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