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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Deadline

Deadline - Critique sortie Théâtre Choisy-le-Roi Usine Hollander
Une frénésie gestuelle ponctuée par des textes sur notre rapport au temps : Deadline. Crédit : Adrien Ganzer

Usine Hollander
Chorégraphie et mise en scène Patrice Bigel

La nouvelle création de Patrice Bigel s’attache aux errements de l’humain dans les plis du temps. Danse et théâtre se conjuguent dans ces méandres, cherchant la meilleure ligne de fuite.

C’est Enrico Caruso qui ouvre le spectacle : un vieux soixante-dix-huit tours qui tourne, une voix étouffée par le temps qui a passé, mais toujours la même émotion, la même nostalgie, à l’écoute des Pêcheurs de Perles de Bizet. Un air qui plane sur le plateau de Deadline, comme en suspension, dans une sourde attente. Juste devant, la femme qui a mis en marche le disque entame une danse raisonnée, mécanique, mobilisant ses bras et ses mains dans des gestes empruntés au travail. Une chorégraphie qui résonne étrangement dans ce lieu, qui n’est autre que l’Usine Hollandeur, ancienne maroquinerie devenue le lieu de création et de formation de la Compagnie La Rumeur, emmenée par Patrice Bigel. Le metteur en scène a construit son spectacle comme une succession de scènes alternant monologues et chorégraphies, portées par cinq interprètes sur les textes d’Alison Colson. Dans cette scénographie qui incline le plateau vers le public et offre en fond de scène une échappée minérale, toute en strates, tout est conçu pour laisser dérouler le temps, et explorer chez chacun les obsessions et petites manies face à l’inexorable.

Des corps cadencés

Il y a d’abord l’organisation du travail, la planification, la mécanique des corps, le temps comme une contrainte à laquelle on ne peut échapper. Les corps se muent en danseurs et se lancent dans une marche collective, brillamment réglée, chaque pas symbolisant plus encore une fuite en avant, une échappée belle ou une hystérie frénétique sans autre échappatoire. Ils portent en eux la cadence infernale de notre société, vertigineuse. C’est le texte qui offre un contrepoint à cette agitation presque désincarnée, lorsque chacun livre ses confidences sur son propre rapport au temps. Parfois il s’agit de prendre son temps, de le retrouver, ou de se retourner vers son passé. Qu’en avons-nous fait ? Comment l’occuper ? S’agit-il d’en « profiter » ? Les références au quotidien de ces jeunes gens sont touchantes, tout comme leur engagement par le corps et la parole. Au final, ils font le lien pour faire tout simplement exister un même espace partagé. Il ne s’agira pas de s’attacher dans cette proposition artistique à l’essence d’un geste profondément incarné dans le corps. Parfois gauche ou maladroit, il se débat malheureusement dans le mouvement comme avec le temps, presque victime de ses propres débordements, de sa ferveur à bien faire et à exister, envers et contre tout.

 

Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Deadline
du Jeudi 17 janvier 2013 au Samedi 19 janvier 2013
Usine Hollander
1 rue du docteur Roux, 94600 Choisy-le-Roi.
La nouvelle création de Patrice Bigel s’attache aux errements de l’humain dans les plis du temps. Danse et théâtre se conjuguent dans ces méandres, cherchant la meilleure ligne de fuite.
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