La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

David Gauchard

David Gauchard - Critique sortie Théâtre

La folie du théâtre embrase la nuit

Après Hamlet et Richard III, David Gauchard et l’équipe de L’unijambiste clôturent leur trilogie shakespearienne avec Le Songe d’une nuit d’été, hommage féerique à l’illusion et au théâtre.

« La musique constitue un écrin enchanteur, apte à héberger les amours les plus illicites de cette forêt mystérieuse. »
 
Cette comédie de Shakespeare est-elle d’abord une comédie sur le pouvoir de l’imagination ?
David Gauchard : Après Hamlet, explorant les questions de la prise de position, de l’engagement, de l’héritage, et Richard III, pièce sur le pouvoir, je souhaite avec Le Songe d’une nuit d’été interroger le plaisir de la représentation théâtrale, la métamorphose, l’acteur et la comédie. Rien de plus noble et de plus difficile que de faire rire une salle ! Il s’agit, avec le Songe, de proposer un divertissement populaire pour s’opposer aux percées populistes.         Comme le dit Gilles Deleuze : « Le système nous veut triste et il faut arriver à être joyeux pour lui résister ! »
 Comment se manifestent la folie et l’étrangeté dans Le Songe ?
 
D. G. : Le Songe d’une nuit d’été s’ouvre sur l’annonce de la fin de la guerre violente qui a opposé Athéniens et Amazones aux portes de la ville, laissant le pays meurtri, la population survivante désoeuvrée, victime de disette. Et la dispute entre Obéron et Titania à propos du jeune page provoque l’inversion des saisons, la nature se révèle hostile et changeante et l’amour sous le jeu de Puck est girouette. Ainsi, la forêt Athénienne repose sur une épaisse moquette de laine neigeuse et un ciel traversé d’aurores boréales abrite le Roi des Elfes et la Reine des fées, sous le regard de la lune… Un vent de folie embrase la nuit, c’est la folie du théâtre et de ses quiproquos, chaque acteur interprétant deux rôles.
 
Quel rôle jouent les nouvelles technologies et notamment la vidéo dans la mise en scène ?
 
D. G. :Je pense que la confrontation entre « texte classique » et « esthétique contemporaine » est très vivifiante, il faut simplement faire sens, se rapprocher du texte et de son émotion. Pour donner naissance à une féérie contemporaine, je puise aussi bien dans le high-tech que dans les « fallait y penser », ces bouts de ficelles chers à Michel Gondry. Logiciels interactifs, triturations graphiques, utilisation de lasers, personnages virtuels deviennent des partenaires de jeu pour les acteurs. L’utilisation des nouvelles technologies est au service de l’univers magique et féérique de la pièce. Le propos n’est pas dans la surenchère technologique mais plutôt dans le geste poétique, suggéré ou complice avec le public.

Quel rôle joue la musique ?

D. G. :Tout est musique dans cette pièce. Françoise Morvan et André Markowicz ont traduit la pièce avec tout le respect de la musicalité qui la traverse, en respectant la métrique d’origine. Cette pièce est un poème, une rêverie, un opéra. Le texte, la scénographie, l’interprétation des acteurs, la vidéo se déploient sur l’électro enveloppante de Robert le Magnifique, la voix éthérée de la chanteuse Laetitia Shériff, les synthés déchirants de Thomas Poli. La musique constitue un écrin enchanteur, apte à héberger les amours les plus illicites de cette forêt mystérieuse. Pour accompagner notre tournée, nous sortons début janvier sur le label idwet       un album/cd : « A midsummer night’s dream ».

Propos recueillis par Agnès Santi


Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, traduction Françoise Morvan et André Markowicz, adaptation, mise en scène et scénographie David Gauchard, les 16 et 17 janvier au Théâtre Jean Lurçat, scène nationale d’Aubusson. Tél : 05 55 83 09 09. Puis tournée dans toute la France. 

Du 19 au 26 janvier 2012 au Théâtre de Villefranche, tél : 04 74 68 02 89. Les 26 & 27 janvier 2012 au Théâtre de Privas, tél : 04 75 64 93 39. Les  31 janvier et 1er février 2012 à L’Hexagone / Meylan.  Le 3 février 2012 au Train Théâtre / Portes les Valence. Les 7 au 10 février 2012 au Théâtre de la Renaissance / Oullins. Les 14 au 16 février  2012 au Granit / Belfort. Du  20 au 25 février 2012 au Théâtre de l’Union, à Limoges.

A propos de l'événement



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