La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

D’autres vies que la mienne

D’autres vies que la mienne - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de la Reine Blanche
David Nathanson interprète D’autres vies que la mienne à la Reine Blanche.

Théâtre de la Reine Blanche / de Emmanuel Carrère / mes Tatiana Werner

Publié le 24 janvier 2017 - N° 251

D’autres vies que la mienne

Après le cinéma, le célèbre récit d’Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, passe à la scène dans un monologue bouleversant.

Il est un théâtre avec lequel il va falloir compter maintenant qu’Elisabeth Bouchaud en a pris la direction. Cette physicienne qui est aussi dramaturge et comédienne a fait de la Reine Blanche une salle tournée vers les textes contemporains et les sciences. Cette « scène des arts et des sciences » propose ainsi des rencontres, des lectures et bien sûr des spectacles mêlant des disciplines traditionnellement séparées. Dernier exemple en date, cette adaptation du récit d’Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, dont Philippe Lioret s’était déjà emparé en 2011 dans le film Toutes nos envies. Rien de strictement scientifique dans ce récit pourtant, mais une histoire qui navigue quand même avec audace du côté du droit et de l’économie en relatant l’action de deux juges en faveur de personnes surendettées, victimes des pratiques abusives des sociétés de crédit. Emmanuel Carrère promène traditionnellement sa plume sur notre société dans des récits où le narrateur est son double. Et c’est encore le cas ici, tout au long d’une histoire qui passe du Sri Lanka à la région lyonnaise, avec pour fil rouge la tragédie de la mort qui fauche deux Juliette : une petite fille puis la mère de trois jeunes enfants.

Des destinées tragiques et héroïques

David Nathanson et Tatiana Werner ont adapté le récit de Carrère pour la scène, en opérant des coupes. Cette dernière a également construit une mise en scène qui aurait gagné à offrir davantage de simplicité. Trop d’actions illustratives et d’interventions vidéo et sonores souvent dissonantes avec la tonalité du récit. Ce n’est pas grave, car David Nathanson interprète le narrateur et les personnages de ces morceaux de vie avec beaucoup de justesse et de sobriété. D’autres vies que la mienne confronte ainsi un écrivain un peu cynique à des destinées tragiques et héroïques que produit parfois le réel ordinaire. Celui-ci va donc puiser dans les événements dont il est témoin une énergie nouvelle qui lui permet de repenser son rapport aux autres et à son existence. Le tout dans un récit sinueux comme le cours de la vie, qui flirte avec des scènes et des émotions radicales : un enfant emporté par le tsunami de 2004, une jeune mère de trois enfants qui se bat contre le cancer. Le risque du mélodrame est là, affleurant. Mais il est parfaitement évité. Tant dans l’écriture que dans l’interprétation car, tout en nuances, en flegme et en gravité, David Nathanson porte cette histoire qui fait parfois monter les larmes aux yeux avec une élégante profondeur. Gilbert Montagné réinterprété au ukulélé ou Juliette qui meurt dans les bras de son compagnon proposent ainsi des moments de théâtre magiques. L’ensemble vous happe dans un récit étrange et simple.

Eric Demey

A propos de l'événement

D’autres vies que la mienne
du Samedi 1 avril 2017 au Samedi 11 février 2017
Théâtre de la Reine Blanche
2 Passage Ruelle, 75018 Paris, France

Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis Passage Ruelle, 75018 Paris. Jusqu’au 11 février, du mardi au samedi à 20h45. Tel. : 01 40 05 06 96. Durée : 1h25.


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