La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Data Mossoul de Joséphine Serre

Data Mossoul de Joséphine Serre - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de la Colline
© Tuong-Vi Nguyen Data Mossoul

Écriture et mes Joséphine Serre

Publié le 24 septembre 2019 - N° 280

Afin d’interroger la transmission de l’Histoire, notamment à Mossoul, Joséphine Serre écrit et met en scène une fiction kaléidoscopique où sujets et époques se croisent. Et se perdent en une suite d’exposés et de considérations pseudo-métaphysiques.

Dès que Mila Shegg (Édith Proust), ingénieure en informatique et employée dans un important DataCenter américain, prend la parole derrière un écran où défilent des codes, l’Irak est au cœur de Data Mossoul. Tout comme l’Algérie dans Amer M passionnante investigation et précédente création de l’auteure, comédienne et metteure en scène Joséphine Serre. Ce spectacle n’a bien sûr pas le même rapport au territoire exploré. Lorsque Joséphine Serre entame l’écriture de Data Mossoul, la ville éponyme subit les assauts de l’État Islamique depuis 2014, qui est aussi la première des trois années d’amnésie de Mila Shegg. Joséphine Serre revient donc à l’enquête. Mais sous une forme très différente et beaucoup plus foisonnante, car autour de l’histoire de Mila Shegg, plusieurs autres se déploient, dans des espaces et temporalités différentes. Celle d’une archéologue recrutée par l’E.I. pendant l’attaque de Mossoul pour « extraire des artefacts millénaires en vue d’alimenter le marché clandestin », incarnée par Joséphine Serre. Celle de Sîn-Shar-Ishkun (Estelle Meyer) en 612 avant J.-C., dernier empereur assyrien, ou encore d’un bibliothécaire du Wisconsin (Aurélien Rondeau) qui a recueilli des centaines d’écrits anonymes entre 1990 et 2010.

La mémoire en pièce(s)

Comme le web dont il est beaucoup question, Data Mossoul se veut labyrinthique. Il se veut aussi épique. Deux objectifs qui demeurent lointains. On pense d’autant plus à Wajdi Mouawad, à ses épopées où l’intime se mêle à l’Histoire, que Data Mossoul est créé dans les murs du théâtre que dirige le metteur en scène. En soi, la parenté n’est pas un problème ; elle le devient dans la mesure où en plus de manquer de singularité et de maîtrise dans sa forme, la pièce pêche en matière de récit. En matière d’écriture, dont Joséphine Serre voulait faire un sujet central afin d’interroger « la question de la mémoire, de la conservation des récits et de la transmission de l’histoire ». Les nombreux livres, et surtout internet, utilisés par Joséphine Serre dans un souci de justesse, de vraisemblance, ne se font que rarement oublier au cours des presque trois longues heures du spectacle. Chacun son tour, l’ingénieure, l’archéologue, un neurologue ou encore l’empereur se laissent aller à des discours tantôt pédagogiques, tantôt pseudo-métaphysiques sur le temps et la mort. Ce qui laisse peu de place à l’incarnation, au trouble qu’aurait dû provoquer le kaléidoscope imaginé par l’auteure. La mise en scène et le jeu sont à l’avenant du texte : ils se cherchent, empruntent simultanément des voies opposées.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Data Mossoul de Joséphine Serre
du Mercredi 18 septembre 2019 au Samedi 12 octobre 2019
Théâtre de la Colline
15 rue Malte-Brun, 75020 Paris

du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h. Tel : 01 44 62 52 52. www.colline.fr. Egalement les 27 et 28 mars au Lieu Unique à Nantes, et en novembre 2020 au Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine.


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