La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien / Faustin Linyekula

Construire avec l’énergie de la survie

Construire avec l’énergie de la survie - Critique sortie Danse Paris Le Tarmac
Crédit : Agathe Poupeney Légende : Faustin Linyekula dans Le Cargo.

Le Tarmac / Le Cargo
Théâtre de la Ville /more more more... future
Chor. Faustin Linyekula

Publié le 17 décembre 2016 - N° 250

En République Démocratique du Congo où est il né, Faustin Linyekula a fondé les Studios Kabako pour partager, apprendre et transmettre au nom d’une utopie profonde : danser et se construire un avenir commun sur « un tas de ruines ».

Vous revenez en France et présentez plusieurs pièces qui vont tourner jusqu’au printemps, comment les avez-vous choisies ?

Faustin Linyekula : J’ai été choisi cette année pour être artiste associé à la ville de Lisbonne. Comme cela correspondait aux quinze ans du Studio Kabako, j’ai présenté des pièces qui émaillaient mon parcours. Ce qui a eu une incidence sur la tournée en France. Valérie Baran, au Tarmac, a voulu Le Cargo et Claire Verlet au Théâtre de la Ville more, more, more… future.

Peut-on imaginer un rapport entre Le Cargo et more, more, more… future ?

F.L. : Le Cargo est mon premier solo. C’était une manière de faire un bilan et de réfléchir à comment avancer. J’ai effectué un voyage à Obilo, un village où j’avais vécu jusqu’à 8 ans. C’est là que j’ai accumulé le plus de souvenirs de danse. Je me demandais si, en les retrouvant, je pouvais apprendre quelque chose qui m’aiderait à danser autrement. Ensuite, je suis revenu vers la ville. C’est là que je vis, que je crée. Que peut-on faire dans un pays comme le Congo si on veut raconter des histoires du Congo, alors que ce sont toujours les mêmes choses qui se répètent ? Il faut se battre pour garder cette envie, cette soif d’essayer quand même, d’inventer des possibilités de rêver… Le titre évoque le « No Future » de la proposition Punk. Mais dans un pays où l’avenir est inexistant, inenvisageable, on ne va pas détruire cette promesse. Donc more more more… future : encore plus de futur. Dans ce contexte où tout le monde est en train de détruire quelque chose, la seule manière d’être subversif, c’est peut-être de construire.

« L’exubérance, c’est une manière de résister. »

Dans more, more, more… future, on voit des costumes exubérants, on entend une musique joyeuse, surpuissante, le Ndombolo, version « bâtarde » de la rumba. Est-ce le reflet des nuits de Kinshasa ?

F.L. : L’exubérance, c’est une manière de résister. On ne va pas pleurer sans cesse. Il y a des nouveaux rituels qui s’imposent aujourd’hui. Traditionnellement, quand on était en deuil, on se couvrait de boue, ou de poussière. Mais maintenant, le deuil, c’est presque un concours de fringues. Tout le monde est bien habillé. Même si on n’a pas d’argent. On forme un collectif. Ce n’est pas parce qu’on meurt de faim qu’on doit être sale ! Sinon, on se flingue. C’est important de garder ce feu-là, cette énergie de la survie, qui passe aussi par l’exubérance, le son des fanfares comme un feu d’artifice. Il y a quelque chose de spectaculaire en permanence dans cette ville. Peut-on arriver à construire avec cette énergie de la survie, du désespoir ? Peut-être pas, parce que ça nous ronge tellement d’essayer de survivre, d’affirmer à nous-mêmes que nous existons encore, que nous avons encore un peu de dignité, que nous n’avons plus d’espace pour faire autre chose. Mais au moins, nous ne nous laissons pas aller.

Comment arrive-t-on à créer, aujourd’hui, en RDC ?

F.L. : Comme je le disais, on n’arrête pas de tourner en rond depuis des décennies. Comment sortir de ce cercle vicieux ? Quand je vois ce qui vient de se passer en Gambie où Jammeh, après 22 ans d’un régime sanguinaire, a pu reconnaître sa défaite à une élection, alors qu’il aurait pu modifier les résultats comme il l’a toujours fait, je me dis que tout n’est pas perdu. Je crois que dans more more more… future, il y a un peu de ça. Comme l’a dit l’écrivain du Congo Brazzaville Sony Labou Tansi, « tout était par terre, même la terre était par terre » ; moi, j’ajoute que les hommes sont toujours là. C’est désespérant, mais nous sommes là, nous continuons à être là, à lutter pour être debout et avancer malgré tout.

 

Propos recueillis par Agnès Izrine

A propos de l'événement

Le Cargo / more, more, more… future
du Mercredi 11 janvier 2017 au Jeudi 9 février 2017
Le Tarmac
159 Avenue Gambetta, 75020 Paris, France

Tél. : 01 43 64 80 80


Le Cargo : du 11 au 14 janvier 2017. Mer.11, jeu.12, ven. 13 à 20h, Sam. 14 à 16h. Durée 55 minutes.


Théâtre de la Ville aux Abbesses, 31 rue des Abbesses, 75018 Paris. Tél. : 01.42.74.22.77.


More, more, more… future du 31 janvier au 4 février 2017 à 20h30. Durée : 1h40


Également : Les 24-25 janvier au CDC de Toulouse, le 27 janvier, à L’Espal, Le Mans, le 9 février au Manège de Reims. Avec le soutien de l’ONDA.


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