La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Propos recueillis / Laurent Chetouane

Considering /Accumulations

Considering /Accumulations - Critique sortie Danse Aubervilliers Centre Dramatique d’Aubervilliers
Crédit : Olivier Fantitsch Légende : Laurent Chetouane

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers / Chor. : Laurent Chetouane

Publié le 26 octobre 2015 - N° 237

À partir du Théâtre de marionnettes d’Heinrich von Kleist, Laurent Chetouane crée Considering /Accumulations, une méditation sur la danse portée par Raphaëlle Delaunay et Mikael Marklund.

« Considering/Accumulations s’empare du Théâtre de marionnettes d’Heinrich von Kleist. Pour moi, ce texte est l’essence de toute forme de théâtralité. Soit, comment représenter l’utopie intrinsèque à la représentation, l’illusion théâtrale, tout en remettant en question la possibilité même des arts de la scène à la représenter. Ce désir absolu, et impossible, est pour moi très puissant, mais inquiétant. Car ce n’est pas une simple remise en cause de l’idéalité d’un corps en mouvement, mais plutôt une interrogation : quelles forces se mettent en jeu dès que l’on entre sur un plateau ? Peu importe qui l’on met en scène et peut-être même quoi. Kleist manie l’ironie à la perfection. On ne sait jamais s’il est sérieux, c’est pourquoi il échappe à toute didactique. On s’aperçoit vite qu’il finit par faire dire des choses absurdes à son personnage. Donc il n’y pas d’affirmation de ce que devrait être le danseur, la danse. D’ailleurs, il parle plutôt de mouvements rythmiques, d’une organisation physique, qui pourrait faire penser à la danse. C’est peut-être ça, son idéalité. C’est-à-dire que la danse n’existe peut-être que dans les yeux du spectateur. En regardant la marionnette, son imaginaire élabore une danse d’où jaillit l’idéalité, la grâce.

La pesanteur et la grâce

En fait, cet opuscule dépasse largement la danse ou le corps. C’est un texte généraliste sur la relation au regard. Toute la deuxième partie est d’ailleurs centrée sur cette question avec l’histoire de ce jeune garçon qui cherche à faire coïncider son image avec celle de l’Éphèbe et qui, du coup, perd non seulement sa grâce et sa beauté, mais n’arrive même plus à se mouvoir à force de vouloir imiter la statue. Je pense également qu’il faut oser cette problématique de la grâce, après la danse conceptuelle qui croyait en avoir terminé avec elle, et ne pas la laisser dans le seul champ du ballet classique. Chez Kleist, elle se situe clairement dans la chute ou dans l’accident car le corps s’adonne alors à la pesanteur. L’essence du corporel est l’échec face à la gravité, et son élévation n’a de valeur que dans cette possibilité ouverte à la chute. Le texte est enregistré en voix off, Raphaëlle Delaunay et Mikael Marklund y répondent par leurs mouvements, et Mathias Susaas Halvorsen, un merveilleux pianiste, improvise. Chaque élément joue comme un contrepoint et ajoute une nouvelle ligne de lecture. Sur les partitions de Bach, Mendelssohn ou Ives interprétées par Mathias, les danseurs viennent déployer entre chaque séquence parlée, une réminiscence gestuelle de la matière textuelle. »

 

Propos recueillis par Agnès Izrine

A propos de l'événement

Considering /Accumulations
du Mardi 3 novembre 2015 au Mercredi 10 février 2016
Centre Dramatique d’Aubervilliers
2 Rue Edouard Poisson, 93300 Aubervilliers, France

Du 3 au 20 novembre 2015. Mar et mer. 19h30, jeu. et ven. 20h30, sam.18h et dim.16h. Tél. : 01.48.33. 16.16. Durée : 1h20. Egalement : Les 9 et 10 février 2016, au Théâtre de la Vignette dans le cadre de Montpellier Danse, 34000 Montpellier.


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