La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Ciels

Ciels - Critique sortie Théâtre
©Jean-Louis Fernandez Légende : Une cellule de travail où s’immiscent les tragédies personnelles.

Publié le 10 mars 2010

Wajdi Mouawad invente un thriller implacable et haletant, mais qui contraint et emprisonne l’esprit du spectateur dans un cadre trop formalisé.

Les fils tuent-ils les pères ? Les pères tuent-ils les fils ? Impitoyable tragédie, malgré une scène finale plutôt “optimiste“ et fraternelle. Ciels clôt le cycle au titre révélateur Le Sang des Promesses, inauguré par Littoral (1999) suivi d’Incendies (2003) et de Forêts (2006). Tandis que dans les autres pièces les personnages étaient lestés d’un passé et d’une histoire familiale bien chargés, dans Ciels ils ne se battent pas face un héritage personnel. Dans un contexte professionnel de cellule d’espionnage, les six protagonistes – dont l’un, Valéry Masson (Gabriel Arcand), apparaît en vidéo -, se battent minute par minute, au présent, pour déjouer un attentat terroriste mondial. Valéry Masson s’est suicidé pour des raisons liées à l’enquête, et son remplaçant, Clément Szymanowski (Stanislas Nordey), cryptanalyste et potentiel sauveur de l’humanité, doit absolument comprendre pourquoi en se plongeant dans l’ordinateur de son ami Valéry. Deux pistes : la piste islamiste, privilégiée par les autorités, et la piste Tintoret, à laquelle croyait Valéry, à déchiffrer à l’aide du tableau L’Annonciation.
 
Terrorisme et poésie
 
Wajdi Mouawad fait preuve d’une indéniable inventivité dans la dramaturgie scénique. Le public est installé au centre, sur des tabourets pivotants, figurant un jardin de statues auxquelles se confient les personnages, et l’action se déroule tout autour. La bande sonore polyphonique traverse le monde. Le lieu est top secret : espace de travail, chambres individuelles, écrans vidéo, écoutes enregistrées dans divers pays. « Chacun ici est un outil qui remplit une fonction ». Comment dire la moderne complexité du monde, les conflits déchirants qui mènent à la destruction, et aussi l’amour ? Vouloir affronter de multiples et même contradictoires facettes de cette complexité semble avoir conduit l’auteur à une formalisation trop construite et excessive, à un scénario agencé de façon trop mathématique et artificielle. La pièce se regarde comme un thriller télévisuel implacable et haletant, ce qui finalement choque sur une scène de théâtre, où en tant que spectateur on est si heureux de pouvoir laisser son imaginaire s’envoler un peu ! Wajdi Mouawad laisse d’ailleurs dans ses œuvres parler son imaginaire avec une belle audace ! Ici, l’intrigue alambiquée et bien ficelée, mêlant de façon ostensible terrorisme et poésie, “sang“ et “beauté“, rend certes compte de notre monde affolé, aveugle et violent, mais elle donne aussi l’impression d’être pris au piège, de véritablement contraindre notre pensée et notre liberté de spectateur, sans laisser d’ouverture.
Agnès Santi


Ciels, texte et mise en scène Wajdi Mouawad, du 11 mars au 10 avril, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 15h, aux Ateliers Berthier, Théâtre de l’Odéon, 75017 Paris. Tél : 01 44 85 40 40. Durée : environ 2h20. Spectacle vu au festival d’Avignon 2009.

A propos de l'événement



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