Théâtre - Critique

Bérénice

Crédit : Christophe Raynaud de Lage Légende : « Martine Chevallier et Jean-Baptiste Malartre dans Bérénice, à la Comédie-Française. »

Après une remarquable mise en scène d’Andromaque* présentée la saison dernière salle Richelieu, Muriel Mayette crée le second volet d’un diptyque consacré à Racine. Elle signe une Bérénice d’un classicisme droit et épuré, spectacle dans lequel Martine Chevallier compose une reine de Palestine pleine d’émotion.

Le dispositif scénique est identique à celui dévoilé par la mise en scène d’Andromaque créée, en octobre 2010, au même endroit. Les mêmes marches sont là. Les mêmes colonnes se dressent dans le même espace rigoureusement vide, appuis providentiels contre lesquels les acteurs de cette tragédie en cinq actes pourront poser une épaule, une tête, une main… Après les tourments politiques et amoureux des héros inspirés de l’Illiade, c’est à présent le tour de la reine de Palestine (Bérénice – Martine Chevallier), de l’empereur de Rome (Titus – Aurélien Recoing), du roi de Comagène (Antiochus – Jean-Baptiste Malartre) et de leurs suivants (Paulin – Yves Gasc ; Arsace – Simon Eine ; Phénice – Françoise Gillard en alternance avec Adeline D’Hermy ; Rutile – Renaud Triffault) de faire résonner sur le plateau de la salle Richelieu toute la grâce et toute la profondeur de la langue racinienne. Une langue qui, aujourd’hui comme hier, est portée haut dans le diptyque conçu par l’administratrice générale de la Comédie-Française. 
 
De la verticalité à l’horizontalité
 
« Bérénice est l’histoire de la traversée d’une nuit », explique-t-elle. La nuit d’un empereur et d’une reine à qui la loi de Rome interdit de s’unir. « Ah, Rome ! Ah, Bérénice ! Ah, prince malheureux ! Pourquoi suis-je empereur ? Pourquoi suis-je amoureux ? », se lamente Titus, qui doit choisir entre aimer ou régner. Après la verticalité vertigineuse de son précédent spectacle, Muriel Mayette engendre une représentation ancrée dans l’horizontalité. D’Andromaque à Bérénice, la metteure en scène donne en effet l’impression de passer d’un univers aérien à un univers terrien, de figures déjà happées par l’au-delà à des personnages résolument humains. Si les enjeux de l’amour et de la politique apparaissent, dans ces deux propositions, avec autant de force et de clarté, cette nouvelle version de Bérénice laisse parfois apparaître quelques flottements d’interprétation. Malgré cela, c’est toujours un grand plaisir que d’entendre cette langue investie à un tel niveau d’exigence. Un plaisir auquel Martine Chevallier, qui interprète le rôle-titre avec une force émotionnelle de chaque instant, contribue de manière toute particulière.
 
Manuel Piolat Soleymat


 
* Critique dans La Terrasse n° 182 – novembre 2010
 
Bérénice de Jean Racine ; mise en scène de Muriel Mayette. Du 22 septembre au 27 novembre 2011, en alternance. Matinées à 14h, soirées à 20h30. Comédie-Française, Salle Richelieu, place Colette, 75001 Paris. Renseignements et location sur www.comedie-francaise.fr ou au 0825 10 16 80 (0,15 € TTC la minute). Durée de la représentation : 1h50.

En tournée le 4 décembre 2011 à Noisy-le-Grand, et du 6 au 10 décembre au Théâtre municipal de Béthune.

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