La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Cendre Chassanne

Cendre Chassanne - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 novembre 2008

Quand les utopies se retrouvent à l’asile

Pour sa dernière année de résidence au Théâtre Jean Arp, la Compagnie Barbès 35 de Cendre Chassanne s’empare de L’histoire du communisme racontée aux malades mentaux de Matéi Visniec, qui pose un regard acéré et cruel sur les utopies et leurs errements. La fresque se déroule dans un hôpital psychiatrique à la fin du règne de Staline : l’idéologie fissurée est malgré tout alimentée coûte que coûte et on fait appel à un écrivain pour la perpétuer dans l’hôpital. Comment faire face à l’échec de l’utopie ? Des réponses à la limite de l’absurde et pourtant à méditer, avec cinq comédiens qui donnent vie à une trentaine de personnages…

« La pièce exprime le paradoxe de l’aventure politique, montrant à la fois l’humain à nu et un théâtre de fous. »

Pourquoi avez-vous voulu monter cette pièce ?
 
A la première lecture j’ai été estomaquée par cette locomotive de la langue, ce roulement de tambour incessant qui brasse une énergie dingue, avec des sautes d’humeur à la russe. C’est une écriture étonnante, très théâtrale, une écriture de l’excès. La pièce parle de l’utopie et de ses faillites à travers tous ces discours en boucles, elle exprime le paradoxe de l’aventure politique, montrant à la fois l’humain à nu et un théâtre de fous. La question du jeu est tout le temps liée à ces deux postures. L’hôpital psychiatrique n’est pas seulement un symbole, une parabole ou un microcosme qui nous parle de la société dans son ensemble, c’est aussi le lieu d’une véritable humanité.
 
Comment interpréter la folie, sachant que les opposants sont aussi des fous ?
 
Les gens internés là sont les plus touchants. Dans notre travail, la représentation de la folie n’est pas un système qui nous plonge dans l’hystérie, la parodie ou un nécessaire excès. J’ai revu San Clemente de Raymond Depardon, sur l’hôpital psychiatrique de Venise, avant de démarrer le travail avec les comédiens, pour moi une vraie référence sur le plan de l’humain , de l’observation de ces gens en détresse. Pour nous, la simplicité prime. La distribution est majoritairement féminine, ce qui donne une couleur très intéressante à la pièce, avec des femmes guerrières ou révolutionnaires. 
 
Quelle est la position de l’écrivain dans l’hôpital ?
 
L’auteur a la foi du poète, il est au service du discours officiel a priori, et petit à petit les autres vont lui révéler que son discours est subversif et que l’histoire a prouvé que ça ne marchait pas. Au départ son intention est de guérir les malades, il a un vrai engagement humain vis-à-vis d’eux. Tout le monde projette énormément de choses sur lui. Au bout du compte les autres révèlent que son discours peut être utilisé à des fins de délation, c’est un désastre pour lui. A ce moment-là toute l’éducation et toute l’idéologie qu’il a reçues se fracassent. Lorsqu’on n’est pas averti au départ, c’est pire quand tout s’écroule. L’homme a cependant toujours besoin de construire de l’utopie, de réfléchir sur la justice. Les fous enfermés depuis quinze ans et plus y croient encore ! Cette pièce fait écho à mes deuils, mon sentiment d’orpheline. Où en est-on de la construction des utopies aujourd’hui ?

Propos recueillis par Agnès Santi


L’histoire du communisme racontée aux malades mentaux de

Matéi Visniec, mise en scène Cendre Chassanne, du 12 au 23 novembre, du mercredi au samedi à 20h30, jeudi à 19h30 et dimanche à 16h. Au Théâtre Jean Arp, 22, rue Paul Vaillant-Couturier, 92140 Clamart. Tél : 01 41 90 17 02.

A propos de l'événement



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