La Terrasse

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Théâtre - Critique

Casteljaloux (2e version)

Casteljaloux (2e version) - Critique sortie Théâtre
Crédit : Éric Charbeau Légende : « L’amour et le théâtre à Casteljaloux. »

Publié le 10 mars 2011 - N° 187

Fin du solo autobiographique initial, Laurent Laffargue met en scène le monde amer de Casteljaloux sous une lumière trop crue.

Casteljaloux (2e version), spectacle à teneur autobiographique et gasconne de Laurent Laffargue, commence fort. Sur le plateau, un match de hand s’anime avec cris et hurlements,  la sportivité joyeuse et sonore des stades du dimanche. Les dix actrices et acteurs, vêtus de leurs short et maillot réglementaires, entourent vigoureusement le blond Romain (Oscar Copp), le remplaçant scénique de l’auteur qui, dans la 1e version, incarnait seul ces « joueurs » du collectif villageois. Plus tard, en tenue citadine, les mêmes coéquipiers sont les figures loufoques de ce chef-lieu du Lot-et-Garonne, porteuses de tensions sociales sourdes ou violentes.« Ce qui est beau au hand, c’est la lucarne… Le tir avec rebond, c’est pas noble… Je vise l’arbitre. Je gagne !», dit Romain. Il « en veut », désirant non seulement réussir à l’entrée au concours du conservatoire d’art dramatique, mais séduire aussi la jolie Pascaline (Elsa Gallès) et quitter Casteljaloux à jamais. Quant à ses compagnons de dérive, on repère Jeannot (Philippe Bérodot), pilier de bistrot, taulard et fou amoureux de la belle Chantal ((Élodie Colin). Taillé dans le roc, il a la voix tonitruante et la carrure puissante. L’apprenti boucher plus consensuel Chichinet (Éric Bougnon) est le rival en amour du précédent. Le solitaire Jean-François (Sébastien Pouderoux) aime Romain et vit chez la mère de ce dernier (Maury Deschamps), dévolue aux Témoins de Jéhova, tandis que le père (Pascal Vannson) est présenté comme le « queutard » de Casteljaloux.
 
Conception pittoresque des personnages
 
Heureusement, la prof d’art dramatique Claude (Isabelle Ronayette) éclaire le quotidien du jeune homme en citant Louis Jouvet : « le théâtre, c’est exercer son humanité ». Une scénographie judicieuse, trois lourds panneaux de bois, verticaux, inclinés ou bien horizontaux, sont manipulés, propices à toutes les rencontres. À côté de la Renault 12, la forêt des Landes défile en vidéo, puis on passe de la piscine à la fête foraine, au bar de nuit avec flipper. Pour « rendre » cet univers des eighties, l’auteur et metteur en scène se livre à un réel travail de composition artistique : conception pittoresque des personnages, sélection des incidents et stylisation du réel, alternance des scènes comiques ou tragiques sous une musique pop rock. Mais le réalisme avec verbe cru, accent gasconnais, attitudes grotesques de fin de soirée avinée, destiné à donner une vision du monde saisissante, pâtit sur le plateau d’être ainsi surexposé. La tendance à l’amplification du réel et à sa caricature fait regretter le talent d’illusionniste de Laffargue, quand il était aux amarres à tenir seul tous les rôles. Le spectacle brut de décoffrage de Casteljaloux (2)  ne fait pas oublier la poésie perdue de Casteljaloux (1).
 
Véronique Hotte


Casteljaloux (2e Version), de Laurent Laffargue ; mise en scène de l’auteur. Du 26 février au 25 mars 2011, mardi et jeudi 19h30, mercredi, vendredi et samedi 20h30, dimanche 16h. Théâtre de la Commune d’Aubervilliers 2 rue Edouard Poisson. Réservations : 01 48 33 16 16. Durée : 2h

A propos de l'événement



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