La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien / Bérengère Dautun

Cantate pour Lou Von Salomé

Cantate pour Lou Von Salomé - Critique sortie Avignon / 2018 Avignon Avignon Off. Espace Roseau Teinturier
Bérengère Dautun et Sylvia Roux © Jean-Pierre Lacan

Espace Roseau / de Bérengère Dautun / mes Anne Bouvier
Entretien / Bérengère Dautun

Publié le 22 juin 2018 - N° 267

L’ex-sociétaire de la Comédie-Française Bérengère Dautun a écrit une pièce sur Lou Andreas-Salomé et retrace le parcours fascinant de cette femme hors normes qui fut la muse de Nietzsche et de Rilke mais aussi la première psychanalyste.

« C’est une pièce féministe parce que les femmes sont extraordinaires ! »

 

Qui était vraiment Lou Von Salomé ?

Bérengère Dautun : Elle est née avec tout : l’intelligence, la beauté, la noblesse. Mais encore faut-il savoir comment utiliser tout cela. Son père est mort assez jeune, et sa mère n’y entendait rien. Après avoir quitté la Russie pour Zurich, elle a étudié avec acharnement, puis a rejoint Vienne où elle a commencé à écrire et rencontrer toute l’intelligentsia de l’époque. Hommes ou femmes, les gens tombaient fous amoureux d’elle, mais elle ne franchissait pas le pas. Vous connaissez une jeune femme de 17 ans qui dit à deux hommes – Nietszche et Paul Ree – : « Créons une trinité, habitons ensemble mais il ne se passera rien ! » ? Elle avait l’art de créer les êtres, en négatif ou en positif. Nietzche a écrit Zarathoustra parce qu’il n’a pas pu avoir Lou Von Salomé. La jeune femme s’est mariée avec Andreas parce qu’il représentait l’image du père mais c’était un mariage blanc. Et puis il y a eu la rencontre avec Rainer Maria Rilke, qui avait au moins 15 ans de moins qu’elle. Elle a révélé le poète et lui l’a révélée physiquement. Mais elle ne s’encombrait pas. A 51 ans elle se fait présenter Freud, a étudié six mois avec lui avant de devenir la première femme psychanalyste. Elle était dévorée par la passion du travail et l’amour de la vie.

Est-ce son avant-gardisme qui vous a donné envie d’écrire sur elle ?

B. D. : Oui. A cette époque-là – elle est née en 1861 –, venant d’une société corsetée, il n’était pas facile d’exister. Ce qui m’a fasciné chez elle, c’est comment elle a créé les autres. C’était une existence absolue : soit les êtres étaient à sa hauteur, soit elle les laissait. Elle a fait beaucoup souffrir parce qu’il fallait qu’elle aille son chemin, comme tous les génies. Mais elle a aussi beaucoup souffert : à la fin de sa vie, elle a vu l’arrivée de Hitler en Allemagne, d’un côté, Staline dans sa chère Russie, de l’autre. Cela ne l’a jamais empêché de tracer sa route et d’aider les autres jusqu’à sa mort.

Diriez-vous que vous avez écrit une pièce féministe ?

B. D. : Ce n’est pas une pièce militante mais c’est une pièce féministe ô combien ! La vie de Lou peut donner de la force à des femmes qui n’ont pas confiance en elles. Cette pièce est faite pour leur parler de la liberté et leur montrer comment l’esprit d’une femme peut expliquer le monde, aider les autres et être au plus grand de ce qu’on peut être. C’est une pièce féministe parce que les femmes sont extraordinaires ! Point barre !

Propos recueillis par Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

Cantate pour Lou Von Salomé
du Vendredi 6 juillet 2018 au Dimanche 29 juillet 2018
Avignon Off. Espace Roseau Teinturier
45 rue des Teinturiers, Avignon

à 16h55, relâche les mardis 10, 17, 24 juillet. Tél. : 04 90 63 28 75.


 


x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur Avignon

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur Avignon en Scènes