La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Brazza – Ouidah – Saint-Denis d’Alice Carré

Brazza – Ouidah – Saint-Denis d’Alice Carré - Critique sortie Théâtre stains Studio-Théâtre de Stains
Brazza – Ouidah – Saint-Denis CR : Charlotte Gauthier Van Tour

Studio Théâtre de Stains / Théâtre Gérard Philipe

Publié le 25 avril 2022 - N° 299

N’en déplaise aux adeptes du roman national, il reste fort à faire pour regarder en face notre Histoire. Ce à quoi Brazza – Ouidah – Saint-Denis apporte sa pierre dans un mélange de fiction et de théâtre documenté.

Alice Carré poursuit son travail de dévoilement du passé qui lie la France à ses anciennes colonies. Après un enivrant Et le coeur fume encore créé avec Margaux Eskenazi, l’autrice et metteuse en scène, avec Brazza – Ouidah – Saint-Denis, fait cap vers l’Afrique noire. Il s’agit encore une fois de saisir comment le passé méconnu de la France habite notre présent qui accueille si difficilement les populations venues des pays autrefois colonisés Et comme l’indique le titre tripartite du spectacle, après l’Algérie, le FLN, les attentats, les harkis…, ce sont donc des allers-retours avec la guerre 39-45 et des voyages entre Saint-Denis, le Bénin, le Sénégal et le Congo, entre autres, qui tissent cette fois la trame du spectacle. Avec toujours et encore pour objectif de révéler les blessures cachées dans lesquelles s’accumulent des silences coupables, ferments de rancunes et de ressentiments. Et surtout de laisser apparaître comment les imaginaires peuvent être façonnés par ce passé refoulé, comment les représentations les uns des autres s’en retrouvent affectées. Peu, par exemple, connaissent sans doute aujourd’hui l’histoire des tirailleurs dits sénégalais pendant et à la fin de la Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement les événements tragiques de Thiaroye à côté de Dakar qui sont survenus fin 1944. Point névralgique de l’enquête qu’Alice Carré a de nouveau menée via un conséquent travail de recherches dans les archives, le retour détaillé sur cet épisode méconnu justifie à lui seul d’aller voir ce spectacle.

Un passé qui ne nous est pas enseigné

Et le coeur fume encore s’agrémentait d’une théâtralité aux couleurs variées et finalement assez jubilatoire. Celle de  Brazza – Ouidah – Saint-Denis est plus monochrome, un peu plus sombre aussi. On suit deux jeunes femmes. L’une, Luz, se rend à Brazzaville pour un voyage d’études. L’autre est la petite-fille d’un tirailleur qui ignore tout de cette partie du passé de son grand-père. Dans une scénographie sobre qui joue sur des allers et venues latérales, on passe de lieux en lieux et d’époques en époques sans beaucoup d’accessoires. Ils sont cinq à endosser divers rôles qui demeurent le plus souvent dans le registre du témoignage. Sans doute est-ce pour cela, faute de situations aux ressorts suffisants, que le spectacle patine un peu. Mais encore une fois, le théâtre d’Alice Carré se joue des origines et des rôles assignés. Il entre dans le détail d’une histoire complexe et fait revivre un passé qui nous est peu enseigné. En tissant une mémoire commune, il développe un imaginaire commun, terreau indispensable d’un futur meilleur.

Eric Demey

A propos de l'événement

Brazza – Ouidah – Saint-Denis
du jeudi 12 mai 2022 au lundi 23 mai 2022
Studio-Théâtre de Stains
19 rue Carnot, 93240 Stains

Tél :  01 48 23 06 61.


Théâtre Gérard Philipe, CDN, 59 Boulevard Jules Guesde, 93200 Saint-Denis. Du 19 au 23 mai à 20h30. Samedi à 18h30, dimanche à16h. Durée : 1h45. Spectacle vu au Théâtre de l’Échangeur à Bagnolet


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