La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Batailles

Batailles - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Brigitte Enguerand Légende photo : Pierre Arditi, François Berléand et Tonie Marshall : un trio gagnant.

Publié le 10 mars 2008

Jean-Michel Ribes défend le « rire de résistance » contre la bêtise et la dérision généralisées. Un combat loin d’être gagné d’avance.

Maniant l’arquebuse du verbe et la coutille de l’humour avec la dextérité un brin dilettante et provoc qui sied aux sarcastiques de grand style, Jean-Michel Ribes est parti cette saison en flamboyante croisade pour défendre le « rire de résistance ». Contre quoi ? Contre la tyrannie du sérieux, qui solidifie les idées « jusqu’à ce qu’elles finissent par boucher la pensée. Cholestérol de l’imaginaire, le rire le fendille par à-coups, jusqu’à ce que la lumière passe à nouveau ». Contre les flatulences nauséeuses des contorsions de bas-ventre, les bouffonnes complaisances au roitelet Audimat et autres fadaises décervelées qui s’étalent à longueur d’écrans en gloussements programmés… Contre les ricanements narcissiques de la « société humoristique » que pointait déjà Gilles Lipovetsky dans l’Ere du vide voici quinze ans. Reprenant les Batailles qu’il avait menées en 1983 avec son complice Roland Topor (1938-1997), le directeur du Théâtre du Rond-Point plante donc la bannière de résistance sur le « champ d’honneur de l’imagination », selon l’expression de Fernando Arrabal.
 
Amusante pochade
 
Le combat s’ouvre dans le fracas d’un naufrage, par le dialogue bien trempé entre deux rescapés, ficelés l’un à l’autre par le destin sur un radeau plus qu’incertain : Félix Blandaimé, aristo plumitif en croisière, et Plantin, barman du salon des deuxièmes classes, matérialiste las de souquer en eaux basses, se chamaillent pour rédiger le message de détresse à glisser dans une bouteille à la mer. Cette truculente allégorie de la lutte des classes, version fantasque de la dialectique du maître et de l’esclave, est servie juste croquante par Pierre Arditi et François Berléand. S’ensuit un monologue d’une cruelle drôlerie : soit une femme (Tonie Marshall, déjà de la partie en 1983) qui demande gentiment à son ex de partir dignement… en lâchant le rebord du balcon qui le retient au douzième étage ! Après ces deux épisodes incisifs, la tension flanche pourtant peu à peu au fil des courtes pièces suivantes. Malgré le décor d’un kitsch achevé de Jean-Marc Stehlé et l’excellence du trio d’acteurs, la frappe s’émousse, comme si l’acide caustique des bons mots se diluait dans la blague et les grimaces. Le spectacle est plaisant, à défaut d’être insolent.
 
Gwénola David


Batailles, de Roland Topor et Jean-Michel Ribes, mise en scène de Jean-Michel Ribes, jusqu’au 20 avril 2008, à 21h, sauf dimanche 15h, relâche lundi et le 23 mars, au Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris. Rens. 01 44 95 98 21 et sur www.theatredurondpoint.fr. Durée : 1h30. Le texte est publié aux éditions Actes Sud-Papiers. A lire : Rire de résistance, de Jean-Michel Ribes, Beaux-Arts éditions.

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