« Islande entre ciel et texte » : Claude Bonin met en scène un périple poétique et musical à la découverte d’une île fascinante
La nouvelle création de la compagnie Le [...]
Dans Un état de nos vies, Lola Lafon nous fait entrer en toute simplicité dans son laboratoire d’écrivaine. Avec finesse et générosité, elle se met en scène dans sa bataille passionnée avec les mots, pour les faire sortir de leurs définitions courantes.
À sa manière d’entrer au plateau avec Olivier Lambert, à sa façon nature, spontanée de s’installer à un bout de la grande table qui fait office d’unique scénographie, Lola Lafon pose d’emblée les bases du geste théâtral qu’elle s’apprête à déployer : il sera brut, très proche du réel. Dans Un état de nos vies, c’est en tant qu’écrivaine et que femme, et non comme personnage d’une fiction de son cru que s’exprime l’autrice de sept romans affirmant volontiers avoir tout fait pour ne pas devenir écrivaine. Avec cette performance, la première qu’elle ne crée pas à partir d’un de ses livres, Lola Lafon interroge justement ce qui la relie si profondément au langage qu’elle n’a pu se défiler devant lui malgré toutes ses tentatives de s’épanouir ailleurs : dans la danse, dans le chant et le militantisme anarchiste et antifasciste. Il est toutefois très vite clair dans le spectacle que le verbe de l’autrice-performeuse est imprégné de toutes ces expériences extra-littéraires. La forme très simple pour laquelle elle opte, l’abécédaire intime, donne à voir de près les rapports qu’entretient chez Lola Lafon l’écriture avec la vie, et l’inverse. En s’ouvrant avec « Appréhension » prononcé par Olivier Lambert, dont le rôle principal est celui de lanceur de mots, Un état de nos vies place le spectacle qui se défend d’en être un sous le signe de la fragilité et de la question. C’est d’ailleurs par une interrogation que répond l’écrivaine : « Je me demande pourquoi on dit souvent aux enfants ‘’dis donc toi tu n’as pas peur’’ et que ça a l’air d’être un reproche… ».
Redéfinir le monde
Les définitions que donne l’artiste des mots pour la plupart très quotidiens « être », « dialogue », « croire », « capitalisme », « chien » ou encore « récréation » prennent des formes diverses mais toutes éloignées de celles que l’on peut trouver dans les dictionnaires. Une fois, nous avons droit à un développement qui prend la forme d’une définition classique mais en bouleverse le fond. Puis c’est par une anecdote plus ou moins personnelle que réagit Lola Lafon, en empruntant toujours un sens opposé aux grandes autoroutes de la pensée. Toujours surprenantes, les différentes entrées qui composent Un état de nos vies dessinent les contours d’une pensée complexe, intranquille. Dans cet univers rebelle aux injonctions que fait peser la société sur les êtres, en particulier sur les femmes, le mot « expertise » est sans attendre évacué au profit du mot « amateurisme ». Lorsque son complice Olivier Lambert lui soumet le vocable de « profession », Lola Lafon nous sert la description d’une vidéo Youtube où un faux recruteur détaille à des postulantes les conditions inhumaines de l’emploi proposé avant d’en donner l’intitulé : mère. Un état de nos vies renverse les hiérarchies entre cultures populaire et savante. Il présente la pensée sérieuse, essentielle, sous des traits ludiques, familiers. Se réapproprier le langage, le déshabiller de ses usages habituels imposés par les dominants, nous apparaît comme un jeu d’enfants.
Anaïs Heluin
du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 19h. Tel : 01 44 95 98 21
La nouvelle création de la compagnie Le [...]
Après Britannicus à la Comédie-Française en [...]
Avec Les Suppliques qui, à partir de [...]