La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Autopsie de l’esprit révolutionnaire

Autopsie de l’esprit révolutionnaire - Critique sortie Théâtre Paris La Colline – Théâtre National
Michael Thalheimer. Crédit photo : Elisabeth Carecchio

La Colline / La Mission / de Heiner Müller / mes Michael Thalheimer

Publié le 28 octobre 2014 - N° 225

Artiste invité par Stéphane Braunschweig à La Colline, le metteur en scène allemand Michael Thalheimer y présente La Mission en novembre, avant de créer, en décembre, Légendes de la forêt viennoise. La Mission, souvenir d’une révolution s’appuie sur un événement méconnu de la Révolution française : trois émissaires de la Convention sont envoyés à la Jamaïque pour y inciter les esclaves à la révolte.

Accroche : « Faire surgir à la lumière les esprits du passé des tréfonds du plateau. »

 

« Le texte autopsie la génétique du soulèvement, celle de ses échecs et de ses réveils amers », dites-vous à propos de cette pièce, sous-titrée « souvenir d’une révolution ». Au début de la pièce « La France s’appelle Napoléon », comme si les jeux étaient déjà faits. Comment lisez-vous cette pièce et comment la mettez-vous en scène : dans la linéarité historique, ou comme la prémonition de l’échec à venir ?

Michael Thalheimer : Dans cette pièce il n’y a pas d’histoire linéaire, la pièce se situe en dehors du temps, ainsi il ne s’agit pas au début de la pièce de la prémonition d’un échec à venir, puisque l’échec est déjà manifeste. Nous avons ici affaire aux souvenirs d’une personne, Debuisson, à un regard rétrospectif et cauchemardesque sur son passé. C’est pourquoi nous ne savons jamais dans quel espace-temps nous nous trouvons. Les rêves ne sont pas chronologiques.

 

S’agit-il, par cette pièce, d’éclairer l’essence de toute révolution, et de conclure à son nécessaire échec ? Y a-t-t-il une leçon politique à entendre de cette pièce ?

M. T. : Toute révolution est en soi condamnée à l’échec. L’esprit révolutionnaire n’existe que dans le mouvement, dans l’évolution et dans le progrès. Si le mouvement s’interrompt, nous nous trouvons dans un statu quo qui enterre inéluctablement l’esprit de la révolution. Beaucoup plus qu’un drame politique ou historique, cette pièce représente le drame d’un homme, Debuissson. Ce drame revêt un caractère archétypal. Tout comme Debuisson nous voulons ou voulions changer le monde. La question est : qu’est-ce qui nous empêche de le faire alors que nous sommes conscients que dans ce monde tout est très loin d’être parfait ?

 

A propos de La Mission, vous parlez d’une « écriture de plateau ». Comment le plateau peut-il faire advenir l’écriture et son sens ?

M. T. : L’écriture d’Heiner Müller est imagée et ouvre des espaces d’associations. Ceci influence le traitement de la langue et oblige les comédiens à ne pas penser seulement de manière situative, mais davantage de transporter à travers les mots un univers de pensée complexe. La scénographie est une machine qui fait surgir à la lumière les esprits du passé des tréfonds du plateau. Ce travail avec des acteurs français nous permet de confronter des traditions théâtrales différentes. Ceci crée des espaces de frottement et de curiosité. On ne peut pas souhaiter mieux pour le théâtre.

 

Propos recueillis par Catherine Robert. Remerciements à Sandrine Hutinet pour la traduction et la transcription.

 

A propos de l'événement

Autopsie de l’esprit révolutionnaire
du Mercredi 5 novembre 2014 au Dimanche 30 novembre 2014
La Colline – Théâtre National
15 Rue Malte Brun, 75020 Paris, France

Du mercredi au samedi à 20h30 ; mardi à 19h30 ; dimanche à 15h30. Tél. : 01 44 62 52 52


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