La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Au but

Son nom est indiscutablement lié au destin et aux riches heures des Ballets Russes. Le Sadler’s Wells de Londres leur rend hommage avec les plus grands chorégraphes contemporains.

Publié le 10 mai 2007

Une figure de mère omnipotente et délétère répand un flot quasi ininterrompu
de paroles sur son passé, sur l’existence, sur le théâtre. Semblant entièrement
abandonnés face au texte turbulent et escarpé de Thomas Bernhard, Evelyne Istria,
Marie Dablanc, Pierre-Félix Gravière et Christine Seghezzi-Katz sombrent peu à
peu dans l’affliction d’une représentation laissée en jachère.

Assurément l’un des dramaturges les plus enthousiasmants de la seconde moitié
du XXème siècle, Thomas Bernhard (1931?1989) est tout d’abord l’inventeur d’une
langue. Une langue du ressassement perpétuel, du monologue-fleuve, de la
récurrence lexicale, de la construction en miroir, du sursaut antithétique… Si
Au but n?est probablement pas la pièce la plus riche de l’auteur
autrichien, elle ne manque cependant pas de témoigner de son style
caractéristique, ainsi que de l’acuité et de l’humour du regard qu’il portait
sur le monde, de l’étonnante singularité avec laquelle son ?uvre conjugue le
grotesque à la gravité, la profondeur aux faux-semblants, la rhétorique à
l’abstraction. Plaçant au c’ur de son dispositif littéraire la parole d’une mère
abusive qui harcèle sa fille puis un auteur dramatique de propos contradictoires
et acrimonieux, cette pièce ? aujourd’hui mise en scène par Guillaume Lévêque ?
projette sur le plateau les reflets d’un théâtre parlant de lui-même en
établissant ses ambitions et ses limites, mais aussi les reflets de la propre
vie de Thomas Bernhard.

Une mère, une fille, un auteur

Au but convoque avec beaucoup de lucidité et d’autodérision la condition
d’auteur dramatique, les dilemmes propres au théâtre comme à la condition
humaine. Ces thèmes et ces figures bernhardiens ? malgré l’indubitable bonne
volonté d’Evelyne Istria ? ne trouvent pas, dans la représentation signée par
Guillaume Lévêque, l’influx nécessaire à la célébration de cette exaltante
écriture. Car de vision dramaturgique, de geste théâtral, d’univers artistique,
de traitement de la langue?, en bref de réelle mise en scène, ce spectacle
paraît totalement dépourvu. Tout se déroule en effet comme si les comédiens,
livrés à eux-mêmes, avaient dû trouver seuls, sans l’aide d’aucun maître
d’?uvre, les réponses aux questions éminemment complexes que pose le texte de
Thomas Bernhard. De fait, le résultat est sans appel : il manque cruellement
d’angles, de caractère, de drôlerie, de hauteur, ne parvient jamais
véritablement à entrer dans le rythme et la précision que requièrent les
répliques joyeusement interminables de cette mère explorant, vainement, le sens
de son existence.

Manuel Piolat Soleymat

Au but, de Thomas Bernhard ; texte français de Claude Porcell ; mise en
scène de Guillaume Lévêque. Du 18 avril au 17 mai 2007. Du mercredi au samedi à
21h00, le mardi à 19h00, le dimanche à 16h00. Relâche le lundi et les mardis 1er
et 8 mai. Théâtre National de la Colline, 15, rue Malte-Brun, 75020 Paris.
Réservations au 01 44 62 52 52.

A propos de l'événement



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