La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

André

André - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre du Rond-Point
© Mario Del Curto Marie Rémond, Clément Bresson et Sébastien Pouderoux mettent en forme avec une grande sensibilité le parcours tumultueux… d’André Agassi.

Publié le 5 septembre 2012 - N° 201

La jeune Marie Rémond crée un spectacle touchant et incisif à partir de l’autobiographie d’André Agassi, où le champion avoue haïr le tennis. Une histoire particulière, à portée universelle.

Marie Rémond et ses amis acteurs issus de la même promotion à l’école du Théâtre National de Strasbourg (2007), Clément Bresson et Sébastien Pouderoux, réussissent avec André un spectacle original, touchant et percutant à la fois. La découverte de l’autobiographie d’André Agassi est à l’origine de la pièce. « Le premier chapitre a résonné longtemps dans ma tête », confie Marie Rémond, impressionnée par les doutes, les contradictions, les questionnements qui assaillent le champion (certains de ses questionnements pouvant d’ailleurs rejoindre ceux de l’acteur).  Né le 29 avril à Las Vegas, professionnel de 1986 à 2006, vainqueur de multiples tournois, Agassi déclare avec une grande sincérité : « je hais le tennis. » Marie Rémond a voulu porter à la scène les conflits intérieurs du joueur, et mesurer l’écart entre son image médiatique et sa vérité intrinsèque. Utilisant une scénographie extrêmement simple, les trois comédiens, qui ont ensemble écrit le spectacle, parviennent à distiller toutes les aspérités de cette histoire fascinante. Tout est dans le jeu, dans les relations entre les personnages ; ce qui apparaît sur le plateau, ce n’est justement pas ce qui habituellement et publiquement se voit, mais bien au-delà des apparences ce que l’on ressent au plus profond de soi, ce qui bouscule et chamboule tout son être, toutes les douleurs morales et physiques, tout l’enfermement et toute la pression qui annihilent la liberté. Symptôme concret : le corps souffre terriblement, tandis que sur le court il est voué à se surpasser.

«  Tu penses pas, tu te concentres. »

La forme trouvée pour donner vie aux personnages principal et secondaires est habile, simple et judicieuse, pleine d’un humour qui laisse cependant voir tout le sérieux et parfois le tragique de la situation. Mais pas de ton larmoyant ici. Le texte  vif, concis et incisif  – comme un coup droit ! –  fait entendre toute l’intensité de cette vie programmée malgré soi. Car dès l’âge de six ans, le père d’Agassi lui impose un entraînement draconien : «  Tu penses pas, tu te concentres. » Le petit est doué, et son père le sait, comme le saura son entraîneur. Marie Rémond interprète André avec une épatante justesse, fragile et tenace à la fois, tandis que Clément Bresson et Sébastien Pouderoux interprètent eux aussi avec finesse et juste ce qu’il faut de caricature son père, son frère, son coach, sa première épouse Brooke Shields…  Les comédiens transmettent avec beaucoup de sensibilité et de talent cette histoire invitant à méditer sur les difficultés du libre-arbitre, l’histoire d’une vie pétrie de doutes et de contradictions.

Agnès Santi

A propos de l'événement

André
du mercredi 5 septembre 2012 au mercredi 3 octobre 2012
Théâtre du Rond-Point
2bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris
Du 5 septembre au 3 octobre à 21h, dimanche à 15h30, relâche le lundi. Tél : 01 44 95 98 21. Durée : 1h15. Spectacle vu à Avignon Off 2012 au Théâtre du Chêne Noir.
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