La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Philippe Boronad

Alaska for ever

Alaska for ever - Critique sortie Avignon / 2011

Publié le 10 juillet 2011

A travers un théâtre qui met à l’honneur les nouvelles technologies, la compagnie Artefact ausculte les mécanismes du pouvoir et le frottement entre le conscient et l’inconscient chez l’être humain. Avec Alaska for ever, nous voilà confrontés aux mécanismes décisionnels qui ont conduit à la tragique marée noire en Alaska en 2006. Un spectacle du politique et de l’intime à la fois documenté et onirique.

Proposez-vous dans Alaska for ever une forme de théâtre documentaire ?
Philippe Boronad : Pour ce spectacle, j’ai effectué une recherche qu’on peut qualifier de journalistique, notamment sur le patron de BP dont on reprend la trajectoire. Ce qui est frappant dans cette catastrophe en Alaska, c’est qu’une Commission de Sécurité avait autorisé  la remise en marche d’oléoducs qui n’avaient pourtant jamais été réparés. Tout comme au Nouveau Mexique, autre catastrophe causée par BP, le fait qu’il fallait arrêter l’exploitation pour des raisons de sécurité était connu depuis des mois. Ce spectacle cherche donc, à travers le personnage du patron de BP, à savoir qui sont nos élites mais aussi à examiner comment elles sont soumises elles-mêmes aux mécanismes du pouvoir qu’on pourrait résumer ainsi : si tu ne sers pas le pouvoir, celui-ci te digère.
 
« On ne peut pas parler de mécanismes de pouvoir sans aborder la question de la représentation médiatique. »

Comment cela se traduit-il dans le spectacle ?
P.B : Le rendu est très théâtral. Sur scène, Mister White Man, incarnation du patron de BP, Angel Stellavision, personnage délirant et protéiforme, à la fois conscience, double, psychiatre et présentateur télé, et pour finir le chant et la danse de Karine Tripier entrecroisent fiction et réalité à travers notamment la superposition de l’histoire de la catastrophe et de deux contes inuits. Le travail des voix, l’utilisation d’un écran de 40m2, la représentation d’un reality-show travaillent aussi sur cette confusion grandissante entre fiction et réalité dans les médias. Car naturellement, on ne peut pas parler de mécanismes de pouvoir sans aborder la question de la représentation médiatique.

Est-ce un spectacle de la dénonciation ?
P.B : Non. Je cherche à faire un théâtre d’idées et de frottements, un théâtre qui fasse trace. On avait travaillé avec Amnesty International sur notre précédent spectacle, et là, nous collaborons avec Greenpeace. Pour autant, ce qui nous préoccupe le plus, c’est de travailler sur la notion d’équilibre, et d’observer comment le microcosme et le macrocosme interagissent, mais aussi de laisser à l’homme la possibilité d’inverser le cours des choses.

Propos recueillis par Eric Demey


Avignon off. Alaska for ever, mise en scène de Philippe Boronad, du 9 au 28 juillet à 16h15 à la Manufacture, 2 rue des Ecoles Tél : 04 90 85 12 71. Relâche le 18 juillet.

A propos de l'événement



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