La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Mer

Mer - Critique sortie Théâtre
Crédit : DR Légende : Léa Drucker et Gilles Cohen

Publié le 10 juin 2011 - N° 189

Jean-Louis Benoit met en scène Mer, de l’auteur sicilien Tino Caspanello, au Théâtre de l’Atelier. Un spectacle éclair au sein duquel Léa Drucker et Gilles Cohen dessinent les contours d’un amour portant au-delà des mots.

Ils sont tous les deux dehors, dans la nuit, à la lisière de l’eau, sur un ponton qui s’avance dans la mer. Un homme et une femme sans prénoms, sans particularités, sans identités précises, comme un couple d’anonymes que l’on épierait à quelques mètres de là, derrière un buisson ou une barque. De ces deux individus, on n’apprendra finalement pas grand-chose : elle fait parfois semblant de dormir, chante dans son coin quand personne ne peut l’entendre ; lui rit et pleure dans ses rêves, aime s’isoler pour pêcher et penser « à la mer… aux poissons… à la nuit… ». C’est elle qui est venue le rejoindre, troublant son aspiration au silence et à la solitude. Elle ne parviendra pas à reprendre le chemin de leur maison, avancera peu à peu, pas après pas, dans un début de confession partagée -échanges qui les amèneront à trouer les pudeurs et les non-dits pesant sur leur vie à deux. « J’ai l’impression que je trouve pas les mots, dit la femme, j’ai l’impression qu’on n’a pas d’mots pour dire c’qu’on pense. On parle, on parle et on fait qu’du vent : t’as mangé, t’as dormi, t’as travaillé, t’es fatigué ?, pour l’lendemain c’est le Bon Dieu qui y pensera. Et de ces mots on en a plein la bouche. »
 
Le poids des pudeurs et des non-dits
 
Tout en désirs et en renoncements, en questionnements et en maladresses, Mer dresse le portait de deux êtres qui s’aiment et ne trouvent pas les mots pour se le dire. « Moi j’ai qu’à te regarder dans les yeux et j’comprends tout, finit par avouer l’homme à sa compagne, je regarde comment tu marches, comment tu t’assois, comment tu t’lèves… et je comprends tout. » Dédiée à « ceux qui aiment en silence », la pièce de Tino Caspanello évoque ainsi l’histoire de tous les couples dont les sentiments – profonds, indéfectibles – ne s’expriment pas à travers des déclarations ou des attitudes enflammées. Au sein de la mise en scène picturale et intimiste de Jean-Louis Benoit (mise en scène qui instaure une belle atmosphère bleue nuit), Léa Drucker et Gilles Cohen confèrent à leurs personnages ce qu’il faut de sensibilité et de profondeur. Petite réplique par petite réplique, en un peu moins d’une heure, ils font voyager notre imaginaire dans un univers où la retenue, l’économie, prennent la place de l’épanchement et de l’effusion. Un univers dont la simplicité déploie un charme évanescent.
 
Manuel Piolat Soleymat


Mer, de Tino Caspanello (traduction du sicilien de Bruno et Franck La Brasca, texte publié aux Editions Espaces 34) ; mise en scène de Jean-Louis Benoit. A partir du 14 mai 2011. Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 16h. Théâtre de l’Atelier, 1, place Charles-Dullin, 75018 Paris. Réservations au 01 46 06 49 24. Durée de la représentation 50 mn.

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