La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Aglavaine et Sélysette

Aglavaine et Sélysette - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre national de la Colline.
Méléandre et Sélysette, déchirés par l’amour Crédit photo : Elisabeth Carecchio

Théâtre national de la Colline / Maeterlinck / mes Célie Pauthe

Publié le 24 avril 2014 - N° 220

Célie Pauthe exhume une pièce oubliée de Maeterlinck. Le temps parfois a ses raisons…

Certains textes reposent en paix dans la poussière d’un tranquille oubli… Ainsi de Aglavaine et Sélysette, pièce à part dans l’œuvre de Maeterlinck, qui, en 1896, cherchait à rompre  « avec les drames pour marionnettes, avec les Maleine et les Pélléas. », affirmant : « C’est un cul-de-sac. » Il trame alors une étrange intrigue amoureuse qui point au cœur d’un bonheur qui semblait couler en toute sérénité. Unis depuis quatre ans, Méléandre et Sélysette partageait la tiédeur des jours quotidiens, nichés en retrait du monde, dans une demeure en bord de mer, quand Aglavaine annonça sa venue par lettre. « Nous nous sommes aimés autant qu’on peut humainement s’aimer, semble-t-il. Mais, quand elle sera là, nous nous aimerons davantage, nous nous aimerons tout autrement, bien plus profondément, tu verras… […] Elle est un de ces êtres qui savent réunir les âmes à leur source ; et lorsqu’elle se trouve là, on ne sent rien entre soi et ce qui est la vérité… » dit alors Méléandre, jetant le trouble par cette énigmatique déclaration.

« Je souffre de joie »

Subjuguant l’un et l’autre par son mystère, cette femme de sublime aura devient bientôt le pivot d’un trio amoureux, qui tente de vivre l’utopie généreuse d’un au-delà de l’amour, outrepassant la butée de l’ordre moral et même du possible. Tous trois se jettent corps et âmes dans cette quête, triturent leurs sentiments pour en chasser les sables noirs et grattent leur conscience jusqu’au remords. Peu à peu l’angoisse et la souffrance se glissent entre eux et lestent chaque instant d’une pesante douleur, qui s’étale en vastes tirades littéraires. Tel drame qui décortique à longueur de dialogues introspectifs tout autant le ravissement inouï que les affres de l’amour sans doute élève l’enjeu de la mise en scène. Célie Pauthe s’y essaie mais ne parvient pas à lui donner vie. L’imposante scénographie, froide architecture de béton masquant des fondations de vielles pierres, qui résume le choc entre modernisme et tradition, n’aide pas. Les acteurs peinent à incarner ces personnages qui manquent décidément de chair sans pour autant atteindre l’épaisseur symbolique. « Il ne s’agit pas d’exprimer le rationnel et le sentiment lucide, qui sont compréhensibles en des mots sûrs et clairs, mais ce qui se trouve au-delà de toute raison et avant le sentiment. (…) Voilà la grande trouvaille de Maeterlinck. » écrivait le critique Herman Bahr. La puissance de ce langage semble ici s’être égarée.

Gwénola David

A propos de l'événement

Aglavaine et Sélysette
du Mercredi 7 mai 2014 au Vendredi 6 juin 2014
Théâtre national de la Colline.
15 Rue Malte Brun, 75020 Paris, France

Du 7 mai au 6 juin 2014, à 20h30, sauf mardi à 19h30 et dimanche à 15h30, relâche lundi. Tél. : 01 44 62 52 52. Durée : 2h20. Spectacle vu à la Comédie de Reims.


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