La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Affreux, Bêtes et Pédants

Affreux, Bêtes et Pédants - Critique sortie Théâtre CHATILLON Théâtre de Châtillon
Présentation de saison par Noémie Guedj.

En tournée / texte et jeu Julien Buchy, Anthony Courret, Noémie Guedj, Jérémie Le Louët, David Maison / mes Jérémie Le Louët

Satire foisonnante et mordante menée tambour battant, le spectacle de la compagnie des Dramaticules braque une loupe scrutatrice sur le monde du théâtre. 

Dur métier que celui d’artiste ! On comprend pourquoi dans sa note d’intention Jérémie Le Louët cite avec humour Copi dans La Nuit de Madame Lucienne : « Vous allez la regretter, la vie de théâtre ! » Après avoir porté à la scène des œuvres littéraires, les membres de la compagnie des Dramaticules signent collectivement le texte de ce spectacle, qui fait suite à une série de trois petites formes intitulées Plus belle la vie d’une compagnie, jouées hors les murs. Sous-titré « une satire de la vie culturelle française », ce courageux et ambitieux spectacle, souvent drôle, explore diverses facettes du monde du spectacle vivant et décortique sur le mode de la satire acérée les relations entre l’art et le public, entre l’artiste et le directeur de structure, entre les comédiens et le metteur en scène. La régie sur le plateau, quelques rares accessoires, une caméra et un écran en fond de scène, la vidéo jouant souvent d’effets de miroir : on vous montre tout ! La scène inaugurale s’assène comme un coup de poing : Jérémie Le Louët fait entendre Le Manifeste du futurisme (1909) de Filippo Tommaso Marinetti. Tabula rasa ! Ce texte révolutionnaire et flamboyant exalte la violence, l’agressivité et la fièvre du mouvement (tout pour finir dans la gueule du fascisme). Jérémie Le Louët le clame et le vocifère avec la maestria qu’on lui connaît.

Metteur en scène tyrannique

Lumière dans la salle. Exit le poète sublime et furieux. L’exigence radicale et provocatrice cède la place au micro qui circule, place à notre petit monde. Se succèdent alors diverses séquences (certaines scènes percutantes, d’autres moins pourraient être resserrées) : un débat avec les spectateurs commentant cette scène inaugurale (parmi nous sont installés deux comédiens : l’un prof de français féru de théâtre, l’autre consommateur de télé), une présentation de saison (avec la performance d’un artiste qui déclenche l’hilarité de la salle), l’entrevue entre un artiste et un programmateur (monstre masqué !), la répétition à la table de l’acte I scène 3 de Phèdre, les aveux de Phèdre à Oenone (la « petite vieille » ainsi nommée et interprétée par Julien Buchy) avec un metteur en scène tyrannique (Jérémie Le Louët of course) qui pète un câble. Comme dans la scène de Phèdre très réussie, et vraiment drôle, le spectacle convainc particulièrement lorsqu’il se concentre sur l’acte de création même, dans toutes ses dimensions  – économiques, artistiques et bien sûr humaines. Alors sous le rire se laissent voir toute la fragilité, toutes les difficultés et les peurs. Ancré dans le réel, pétri d’autodérision, maniant clichés et stéréotypes, le grotesque cultive la proximité plus que la distance. La compagnie des Dramaticules prouve une fois de plus son inventivité et sa virtuosité : ils savent être… et paraître !

Agnès Santi

A propos de l'événement

Affreux, Bêtes et Pédants
du Jeudi 16 janvier 2014 au Vendredi 28 mars 2014
Théâtre de Châtillon
3, rue Sadi Carnot, 92320 Châtillon.
Théâtre de la Madeleine à Troyes, les 30 et 31 janvier. Tél : 03 35 43 32 10. Théâtre des Feuillants à Dijon le 4 février. Tél : 03 80 76 80 80. Espace Jean Vilar à Arcueil le 11 février. Tél : 01 46 15 09 77. Pôle Culturel d’Alfortville le 27 mars. Tél : 01 58 73 29 18. Théâtre de Corbeil-Essonnes le 28 mars. Tél : 01 69 22 56 19. Spectacle vu au Théâtre de Chatillon. Durée : 2h.
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