La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Adel Hakim / La Double Inconstance

Adel Hakim / La Double Inconstance - Critique sortie Théâtre Ivry-sur-Seine _Théâtre des Quartiers d’Ivry
Crédit photo : Nabil Boutros

TQI / de Marivaux / mes Adel Hakim

Publié le 26 octobre 2015 - N° 237

Pour la première fois, Adel Hakim met en scène une pièce de Marivaux. Il a choisi La Double Inconstance pour parler de la jeunesse d’aujourd’hui et des rapports pervers entre amour, pouvoir et argent.

« J’ai envie que, dans la pièce et dans les personnages, les gens se reconnaissent. »

 Pourquoi choisir cette pièce parmi toutes celles de Marivaux ?

Adel Hakim : Si j’ai choisi cette pièce, c’est parce que j’avais quelque chose à dire avec ce texte, parce que je crois qu’il est en rapport avec ce que nous vivons aujourd’hui. Les jeunes d’aujourd’hui sont très fascinés par les joujoux technologiques, les Smartphones, les ordinateurs, et toute cette idéologie néolibérale transmise à travers les produits de la société de consommation. Marivaux ne connaissait évidemment pas tout cela au début du XVIIIème siècle, mais il montre comment deux jeunes furieux contre le système du pouvoir sont séduits par lui, renoncent à leur innocence et à leur rébellion et finissent par prendre le pouvoir : un peu comme ce que Pasolini disait de la révolution de 1968, faite par des jeunes promis à diriger la société néolibérale. Silvia et Arlequin tiennent un discours agressif contre le pouvoir, mais petit à petit, ils entrent en servitude volontaire : ils se soumettent à ce pouvoir, renoncent à leur amour, pourtant vital à leurs yeux au début de la pièce, et finissent aussi cruels et même plus que ceux qui les ont amenés à ce stade de soumission. Je veux raconter comment on peut se départir de son idéal de jeunesse en montant dans la hiérarchie.

Quelle est la distribution ?

A. H. : Il est important que Silvia et Arlequin représentent la diversité sociale – je n’ai pas envie de dire culturelle ! Silvia est une métisse et Arlequin est un Beur. Aujourd’hui les jeunes sont intégrés au système et ne se rebellent plus. Telle est la force de la démocratie néolibérale : elle fait semblant, elle tient un discours qui semble respecter les individus, mais son but est de les convaincre qu’il n’y a pas d’autre solution d’organisation politique. Pauvres au début, Silvia et Arlequin sont parfaitement habillés à la fin : tout est indiqué dans la pièce, mais tout est intégré dans le contexte d’aujourd’hui. Et très vite, on oublie que c’est une pièce d’il y a trois cents ans, écrite en 1723. Il y a la musicalité, l’intelligence, la beauté du texte de Marivaux, mais on oublie son âge !

Vous proposez donc une lecture politique de Marivaux…

A. H. : Cela n’enlève rien à la sensualité de la pièce et à ces liaisons dangereuses qui s’y jouent. Dans le pouvoir, il y a aussi une excitation libidinale. Il ne faut pas mettre cet aspect de côté. Ainsi, dans ma mise en scène on voit le prince profiter sexuellement de Flaminia, sa collaboratrice, dont il se sert pour séduire Silvia. C’est aussi la force de Marivaux de montrer comme un système de pouvoir s’infiltre dans l’intime des personnages. On peut sacrifier une vie, un amour, sa famille pour s’enrichir, pour réussir sa carrière : on le voit dans la pièce comme on le voit aujourd’hui. Notre théâtre, le TQI, est inscrit dans la banlieue parisienne où il est installé. Lorsque je monte un classique, j’ai envie qu’il soit le reflet de la réalité sociale dans laquelle se trouve notre théâtre. J’ai envie que, dans la pièce et dans les personnages, les gens se reconnaissent ou reconnaissent ceux qu’ils croisent dans la rue.

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

La Double Inconstance
du Lundi 2 novembre 2015 au Dimanche 29 novembre 2015
_Théâtre des Quartiers d’Ivry
1 Rue Simon Dereure, 94200 Ivry-sur-Seine, France

Du mardi au samedi à 20h ; jeudi à 19h ; dimanche à 16h ; relâche le 4 novembre. En tournée : le 1er décembre au Salmanazar d’Epernay ; les 11 et 12 décembre à la Scène Watteau de Nogent-sur-Marne et le 17 décembre au Théâtre de Rungis.


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