La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Adagio [Mitterrand, le secret et la mort]

Adagio [Mitterrand, le secret et la mort] - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Alain Fonteray Légende photo : Phillippe Girard porte le costume de François Mitterrand.

Publié le 10 avril 2011 - N° 187

L’auteur et metteur en scène Olivier Py dessine un portrait de Mitterrand en Président métaphysique. Portée par Philippe Girard, la pièce dévoile une méditation sur l’exercice du pouvoir, sur la force des idées et l’engagement dans l’action mais n’évite pas l’hagiographie.

1995. Le président Mitterrand achève son second mandat. La mort depuis quatorze ans hante en secret son corps porté par le pouvoir. Elu en mai 1981, il se découvre six mois plus tard un cancer de la prostate qui gagne les os, rapprochant brutalement la butée d’une existence tendue par les combats et la conquête du pouvoir. Glanant ses paroles dans ses discours, ses écrits ou les propos rapportés, l’auteur et metteur en scène Olivier Py parcourt les deux septennats, jusqu’aux derniers sacrements en janvier 1996. Se croisent entre autres Jacques Séguéla, maître des slogans de campagne, Anne Lauvergeon, jeune et fidèle conseillère, Robert Badinter, Jack Lang, les médecins, Bernard Kouchner, Pierre Bérégovoy ou encore Helmut Kohl, François de Grossouvre et Marguerite Duras. Au fil de brèves saynètes défilent ainsi les faits majeurs de cette époque : l’abolition de la peine de mort, l’augmentation du budget de la culture, la réunification de l’Allemagne, la guerre de Bosnie, le génocide rwandais, la polémique sur les agissements de Mitterrand à Vichy, le référendum sur le traité de Maastricht… Et puis les mêlées électorales, les trahisons et mesquines rivalités.
 
« Je suis le dernier, après moi, il n’y aura que des comptables »
 
Cette traversée de l’histoire dévoile aussi la souffrance et la solitude d’un homme tenaillé par la maladie et l’angoisse de la mort, qui trouve dans les livres la sève de sa pensée et dans l’action la pugnacité de sa vie. Rythmé d’aphorismes et de fulgurances verbales où politique, littérature et polémique s’entremêlent, Adagio livre une profonde méditation sur l’exercice du pouvoir, la force des idées et l’engagement dans l’action. Le verbe élégant et l’ironie coupante, Mitterrand apparaît en rhéteur acéré et penseur mélancolique dans ses questionnements inquiets, sa vanité outrecuidante, ses batailleuses convictions. Acteur de stature, Philippe Girard tient le rôle avec endurance, soutenu par six comédiens qui endossent tous les autres personnages dans le lourd décor de Pierre-André Weitz. Son emphase sied bien à la rhétorique mitterrandienne mais la prosodie monotone, calquée sur les discours présidentiels, finit par ternir l’éclat du propos. Empathique, ce portrait n’évite pas l’hagiographie, même si sont évoqués certains renoncements et aveuglements. L’ambiguïté, le cynisme, les contradictions, l’habileté… qui font aussi le génie magnétique de l’homme, décidément complexe, restent dans l’ombre.
 
Gwénola David


Adagio [Mitterrand, le secret et la mort], texte et mise en scène d’Olivier Py. Jusqu’au 10 avril 2011, à 20h, sauf dimanche à 15h, relâche lundi. Odéon-Théâtre de l’Europe, Place de l’Odéon, 75006 Paris. Rens. : 01 44 85 40 40 et www.theatre-odeon.eu. Durée : 2h20.

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