La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Gros Plan

1980 – Une pièce de Pina Bausch

1980 – Une pièce de Pina Bausch - Critique sortie Danse
Crédit photo : Ulli Weiss Légende photo : Sous le masque des conventions se tapit l’émotion…

Publié le 10 avril 2012 - N° 197

La troupe du Tanztheater redonne vit à l’œuvre charnière de la chorégraphe allemande, qui distille par son langage des corps la poésie grotesque et dérisoire du quotidien.

Le gazon à l’anglaise étale son odorante verdeur sur le plateau et se colore des joyeux éclats d’une garden-party. Les codes de la bonne société boutonnent les apparences dans l’élégance soyeuse des costumes et règlent chaque geste sur la juste mesure. La mise impeccable et la mine importante, des hommes et des femmes troublent pourtant le tranquille bourdonnement du cérémonial social par d’insolites foucades qui libèrent en salves impromptues quelques épis d’enfance. Colin-maillard, rondes et autres jeux coquins entraînent les uns et les autres dans les méandres secrets de leurs refoulements. Jaillissent de-ci de-là les menus actes du sadisme ordinaire, les élans de tendresses inavouées, les traces des enfantillages d’antan ou d’étonnantes parades exhibitionnistes entrecoupées de confessions désopilantes de chacun sur son propre passé.

Un chevreuil empaillé veille…

Créé après le brutal décès de Rolf Borzik, le scénographe et compagnon de Pina Bausch, 1980 brise la gangue de la ligne narrative qui nouait ses premières œuvres et entrechoque des bribes prélevées à même la vie. La chorégraphe observe le quotidien et ses rituels sociaux qui brident le tressaut des émotions et polissent la rudesse des liens humains. Elle crayonne les êtres dans leurs replis cachés, leurs coups et blessures, leur violence ou leurs agissements puérils. Pièce charnière, 1980 vit au temps présent et se déploie en un happening où les saynètes se font métaphore de l’existence. Il ne s’agit ici pas de « décrire ou représenter les corps ; car ceux-ci ont déjà leurs qualités propres, leurs actions et leurs passions, leurs âmes, bref leurs formes, qui sont elles-mêmes des corps – et les représentations aussi sont des corps ! » selon la formulation de Gilles Deleuze dans Mille plateaux. Pina Bausch met en scène un langage des corps qui déborde la représentation, qui enserre en un mouvement toujours paradoxal les résurgences de la mémoire et de la vitalité de l’instant, le tumulte des sentiments et l’emprise des conventions… la sensation irréductiblement multiple, contradictoire, de notre rapport au monde.

 

Gwénola David


1980, chorégraphie et mise en scène de Pina Bausch. Du 20 avril au 4 mai 2012, à 19h sauf dimanche à 17h, relâche 21 avril et mardi 1er mai. Théâtre de la Ville, 2 place du Châtelet, 75004 Paris. Tél. : 01 42 74 22 77. Durée : 3h35. A lire : parmi les ouvrages consacrés à Pina Bauch par les éditions de L’Arche : Pina Bausch vous appelle, de Leonetta Bentivoglio et Francesco Carbone ; Le langage de Pina Bausch, de Brigitte Gauthier.

A propos de l'événement



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