Avignon - Entretien / Fanny de Chaillé

Théâtre Benoît-XII / de Pierre Alféri / mes Fanny de Chaillé

Les Grands

Publié le 25 juin 2017 - N° 256

Fanny de Chaillé, artiste inclassable qui crée des formes hybrides, propose de mettre en connexion trois âges de la vie – l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte.

Légende : Fanny de Chaillé
CR : Marc Domage
Légende : Fanny de Chaillé CR : Marc Domage

En quoi consiste ce projet des Grands ?

Fanny de Chaillé : Sur un plateau, on peut faire des choses impossibles dans la vie. J’avais envie de voir des gens grandir sur un plateau en une heure de temps. On voit donc trois personnages incarnés successivement par des enfants de 7 ans, puis des ados de 14 et enfin des adultes. Ils se rencontrent aussi sur scène, ce qui permet à l’enfant, à l’adolescent et à l’adulte de se fondre, de se mêler à différents stades.

Le rapport à la langue est-il au centre de cette étude de l’humain ?

F.d.C. : Pour moi, l’enfant parle peu parce qu’il pense. Puis, avec l’adolescence, la langue devient un moyen à la fois de se distinguer et de se mettre d’accord. D’où la naissance de ce que j’appelle une langue slogan. Puis vient l’adulte, celui qui parle beaucoup mais ne pense plus. Et je me dis que ce dernier stade pourrait être différent si l’on arrivait à se remettre en connexion avec l’adolescent et l’enfant.

On a donc trois personnages comme dans une « vraie pièce » ?

F.d.C. : On me pose souvent des questions sur le genre de ce que je fais. Je crée des formes pour les musées ou pour la scène, mais je ne me pose pas cette question. J’ai commandé un texte à Pierre Alfiéri qu’il a construit en rencontrant les comédiens. Ce sera donc théâtral. Mais ce sont plus les rapports entre les êtres qui sont importants que leur destinée. Ce spectacle ressemble à ce que je fabrique d’habitude. Ça bouge beaucoup – on appelle aussi ça de la danse –, la parole est souvent déconnectée du corps, et je réinvestis mon sujet de recherche de prédilection : le rapport que l’homme entretient avec sa langue et comment il est au monde avec cette langue.

Vous avez également demandé à Dominique A de composer la musique ?

F.d.C. : Dominique A est quelqu’un qui a été très important pour moi au sortir de mon adolescence. Et il a déjà fait quelques chansons sur ce thème des âges de la vie. Je lui ai demandé de composer une chanson pour chaque âge mais il en a fait une qui regroupe les trois, presque dépourvue de musique. On entend Dominique A qui chante a cappella. En fait, cette chanson est devenue un poème.

Sur scène, on retrouvera donc des enfants et des adolescents, est-ce difficile à diriger ?

F.d.C. : Ce qui est compliqué, c’est l’organisation avec les enfants, vu les contraintes réglementaires. Mais j’ai trouvé ce travail de mise en scène passionnant. Les enfants, une fois qu’ils ont appris à lire, ont un rapport au corps différent. L’adolescence, c’est un âge flou où les personnalités ont des contours incertains. Et surtout, pour les comédiens de tous âges, l’identification entre le personnage adulte, l’ado et l’enfant a immédiatement fonctionné. C’était très fort.

Propos recueillis par Eric Demey

A propos de l’évènement
Les Grands
du 19 juillet 2017 au 26 juillet 2017
Festival d’Avignon. Théâtre Benoît XII
12 Rue des Teinturiers, 84000 Avignon, France

à 15h, relâche le 22 juillet. Tél : 04 90 14 14 14. Durée : 1h15.


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