Théâtre - Critique

Le Pays lointain

Le Pays lointain, mis en scène par Clément Hervieu-Léger au Théâtre national de Strasbourg. Crédit : Jean-Louis Fernandez

Théâtre national de Strasbourg / de Jean-Luc Lagarce / mes Clément Hervieu-Léger

Il s’agit de la dernière pièce de Jean-Luc Lagarce, achevée par le dramaturge une semaine avant sa disparition des suites du sida, en 1995, à l’âge de 38 ans. Une pièce monumentale – conçue comme une amplification d’une œuvre antérieure, Juste la fin du monde – créée par le metteur en scène Clément Hervieu-Léger au Théâtre national de Strasbourg.

Louis : « Plus tard, l’année d’après ». L’Amant, mort déjà : « Une année après que je meurs, que je suis mort ? ». Louis : « Exactement ça. / L’année d’après, / j’étais resté, là, seul, abandonné, toutes ces sortes de choses, / plus tard, l’année d’après, / – j’allais mourir à mon tour… ». Dès les premières lignes du Pays lointain, on est saisi par une grande netteté. Une forme de clarté, de précision qui, malgré l’apparente complexité de l’écriture de Jean-Luc Lagarce, fait s’imposer une évidence. En quelques mots, quelques phrases escarpées, sinueuses, à la fois étonnamment paisibles et chargées d’une densité hors du commun, nous voilà comme au bord d’une falaise. Face à un précipice. A quelques centimètres d’un espace illimité, inconnu, un vide dont il faudra, tôt ou tard, faire l’expérience. A moins que l’on ne soit déjà en train d’en explorer la matière secrète, concrète et énigmatique à la fois. Entre vie et mort. Ici et ailleurs. Entre portes ouvertes sur le passé, sur le futur, sur le présent.

 Une échappée hors de tout repère

Quelle pièce passionnante que cette échappée hors de tout repère à travers laquelle Louis, le double de l’auteur, entouré de ses deux familles (biologique, amicale), rejoue des fragments de mémoire et d’existence. Une pièce rare qui prend corps de façon assez imprécise dans la création présentée par Clément Hervieu-Léger à Strasbourg. Le metteur en scène, dont on a pu par le passé louer le talent, enferme aujourd’hui l’univers du Pays lointain dans un décor de bord de route. Est-ce cet espace anecdotique qui asphyxie la pièce, l’empêche de prendre toute son ampleur ? Est-ce Loïc Corbery qui banalise le rôle de Louis, peinant à donner vie à la langue si particulière de Lagarce ? Autour du comédien, Aymeline Alix, Louis Berthélemy, Audrey Bonnet, Vincent Dissez, Guillaume Ravoire, Daniel San Pedro…, s’illustrent dans de très beaux éclats de théâtre. Mais l’âme du Pays lointain échappe aux quatre heures quinze de cette représentation qui, peut-être trop tournée sur elle-même, n’offre que peu de place aux troubles et aux ébranlements.

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Le Pays lointain
du Mardi 26 septembre 2017 au Vendredi 26 mai 2017
Théâtre National de Strasbourg
1 Avenue de la Marseillaise, 67000 Strasbourg, France

Du 26 septembre au 13 octobre 2017. Du lundi au samedi à 20h, le dimanche 1er octobre à 16h. Relâche du 2 au 8 octobre. Durée de la représentation : 4h15 avec entracte. Tél. : 03 88 24 88 24. www.tns.fr.


Egalement à la Scène nationale d’Albi les 17 et 18 octobre 2017, au Théâtre de Cornouaille les 20 et 21 novembre, aux Célestins – Théâtre de Lyon du 24 au 28 avril 2018, au Théâtre de Caen les 15 et 16 mai, à L’Arsenal à Val de Reuil le 18 mai, à L’Entracte à Sablé sur Sarthe le 22 mai, à Châteauvallon – Scène Nationale les 25 et 26 mai.


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