Danse - Critique

Kalakuta Republik

Kalakuta Republik de Serge Aimé Coulibaly. crédit : Doune

Le Tarmac / Ferme du Buisson / Chor. Serge Aimé Coulibaly

Le chorégraphe burkinabé s’inspire de la musique et de la vie sulfureuse de Fela, artiste engagé qui, d’une scène-tribune, a dénoncé avec rage la corruption, le sexisme, les inégalités et les multinationales.

D’une énergie à tout casser, follement engagée, la pièce de Serge Aimé Coulibaly Kalakuta Republik s’inspire de Fela Kuti, inventeur de l’Afro-Beat et cri d’espoir de millions d’exclus. Fela, le « Black President » et sa République de Kalakuta, symbole de résistance et d’indépendance dans le Nigeria de l’oppression. Celui qui n’a jamais cédé sur le terrain de la créativité, de l’innovation, de la subversion. Il a révolutionné les mentalités en Afrique en créant, par sa musique, ses chansons et un discours ancrés dans sa réalité et son actualité politique. Serge Aimé Coulibaly ne tombe ni dans le biopic de Fela ni dans le spectacle musical. Il s’éloigne du personnage pour mieux le retrouver à travers des prises de position actuelles, intelligemment amenées, évoquant les vicissitudes de notre monde actuel : guerres, réfugiés, traumatismes, misère.

Une œuvre forte

La première partie, sur la musique de Fela, campe sur scène un canapé défoncé et quelques draps accrochés, un tapis usé, qui forment ensemble une zone de sécurité et de liberté. Comme dans un passé présent, ou comme dans les rêves, tout est noir et blanc. Des projections s’inscrivent sur les toiles suspendues. Viennent-elles d’aujourd’hui ou d’hier ces populations de villes entières en marche le long d’un chemin de fer ? Ces villes entièrement détruites par les bombardements ? La gestuelle enregistre les chocs et leurs répercussions, tout en rage et tremblement. Urgente, ancrée dans le sol, la danse se fait hâtive, chercheuse, portée par de remarquables interprètes. Dans la deuxième partie exit la musique de Fela. Une atmosphère enfumée et une boule à facettes évoquent le Shrine, ce temple en tôle ondulée de Lagos où Fela officiait. Dans une atmosphère sulfureuse, tandis que certaines phrases de Fela s’affichent, la danse se fait lascive. En convoquant Fela, Serge Coulibaly parle de la place de l’artiste dans le monde contemporain et de son engagement. Kalakuta Republik est une œuvre forte, aboutie, qui réveille nos cœurs et nos consciences.

Agnès Izrine

A propos de l'événement

Kalakuta Republik
du Samedi 13 janvier 2018 au Samedi 24 mars 2018
Le Tarmac
159 Avenue Gambetta, 75020 Paris, France

Du 16 au 19 janvier à 20h. Tél : 01 43 64 80 80. Durée 1h25 avec entracte. La Ferme du Buisson de Marne-la-Vallée, le 20 janvier à 18h. Tél : 01 64 62 77 00. Spectacle vu et créé à la Maison de la Danse de Lyon, le 11 mars 2017.


Egalement en région : Le 13 janvier à La Filature de Mulhouse, Le 2 février au Théâtre de Cornouaille à Quimper, du 6 au 8 février à La Coursive de La Rochelle, le 10 février au Volcan à Le Havre, le 15 février au Manège de Maubeuge, du 13 au 15 mars à La Rose des Vents de Villeneuve d’Asq, le 20 mars à l’Apostrophe, nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise, le 24 mars au Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine.


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