Théâtre - Critique

Inuk

Inuk à la MAC.

Maison des Arts de Créteil / Arm / mes David Gauchard

Créé au Festival des Francophonies à Limoges, Inuk traite avec originalité du devenir des Inuit. Un spectacle tout public de grande actualité.

Après dix ans de Shakespeare, David Gauchard a voulu changer d’air et s’atteler à un spectacle tout public. Et comme son grand-père était un pêcheur terre-neuvien, c’est de famille chez lui que de vouloir partir dans le Grand Nord. David Gauchard a donc choisi de rallier Kangiqsujuaq, dans le Nunavik, région arctique rattachée au Québec, pour s’y imprégner de la culture et de l’histoire des Inuit. Lui et ses collaborateurs en sont revenus avec un spectacle composite, entre documentaire et poésie, qui traverse avec délicatesse et efficacité bon nombre des problématiques de cette tribu esquimau : disparition des traditions, dissensions générationnelles, invasion du monde moderne, rapport dégradé à la Nature, le tout sur fond, naturellement, de réchauffement climatique. Bien sûr, tout ceci n’est jamais dit en ces termes d’adulte, mais évoqué, suggéré dans une suite de séquences, souvent sans paroles, qui donnent toute son importance à l’environnement sonore et visuel de la scène, ainsi qu’au langage des corps.

Inuit, cela veut dire « les Hommes »

Par moments, on se dit que c’est bien joli mais un peu lisse. Puis rapidement l’audace des choix esthétiques ramène à des pensées positives. Entre le pingouin, le morse, le caribou et l’ours blanc, il y avait pourtant de quoi faire un spectacle à la mode Disney. Mais on en est loin. Car si le bestiaire est bien présent, à travers masques et costumes aux présences étranges, presque absurdes, on découvre aussi l’artisanat, l’art, le mode de vie, l’histoire d’une région colonisée et exploitée à des fins industrielles, les croyances et les contes qui s’éteignent sous l’emprise de l’Occident. Autour d’un rectangle qui souvent représente la banquise, les trois comédiens enchaînent les chorégraphies et les tableaux sans oublier d’être drôles. Assis sur une glacière, ils font du kayak entre le beat-box de L.O.S et la musique de Arm, jusqu’à ce que se lève une ultime aurore boréale. Le tout entrecoupé de témoignages audio et filmés, avec notamment quelques extraits du fameux documentaire de 1922, Nanouk l’esquimau, signé Robert Flaherty. Au cours de cette odyssée, on découvre également la langue inuit, ses signes et sa prononciation gutturale. Dans cette langue, Inuit n’est rien d’autre que le pluriel d’Inuk, et Inuk signifie « l’Homme ». Un titre parfaitement trouvé. Car à travers l’histoire des Inuit, c’est bien sûr celle des hommes qui se joue, celle d’une Humanité tout entière oublieuse de son inscription dans la Nature, et qui risque fort de le payer demain.

Eric Demey

A propos de l'événement

Inuk
du Mercredi 20 janvier 2016 au Vendredi 22 janvier 2016
Maison des Arts de Créteil
Créteil, France

Du 20 au 22 janvier pour les scolaires. Le 22 janvier à 20h en famille. Tel    : 01 45 13 19 19. Durée : 1h. Également les 7 et 8 janvier à Compiègne, du 11 au 13 à Draguignan, puis à Kingersheim, Montbéliard, Meylan, Chambéry, Le Creusot, Sorbiers, Villefranche, Tours et Genève.


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