Focus -247-CENTRE DES BORDS DE MARNE DU PERREUX

L’irréductibilité de la différence

Crédit : Patrick Berger Légende : François (à gauche) et Christian (à droite) Ben Aïm.

Entretien Christian et François Ben Aïm

Chorégraphes aventureux, toujours à la recherche de nouveaux terrains à défricher, les frères Christian et François Ben Aïm présentent deux œuvres au CDBM, dont une création avec Ibrahim Maalouf.

« Comment résister aux injonctions, qu’elles soient sociales, politiques ou culturelles ? » Christian Ben Aïm

«  La danse procède de cette idée du passage. Faire un pas, c’est faire un écart par rapport à soi et prendre le risque de la nouveauté. » François Ben Aïm

Vous êtes frères, vous chorégraphiez ensemble depuis vos premières pièces, comment définiriez-vous votre travail ?

Christian : Nous travaillons depuis dix-neuf ans ensemble et nous avons une vingtaine de créations de formats très différents à notre actif. Nous aimons mélanger une tendance onirique, ou une certaine narration, et une recherche plus physique du mouvement. Par ailleurs, nous avons invité des musiciens à occuper la scène avec nous dans nos dernières créations. Du coup, nos projets se sont concentrés sur le rapport du corps à la musicalité, sur l’écriture du mouvement en relation avec la musique. Contrairement à nos premiers spectacles où nous étions plus proches d’une narrativité, en adaptant, par exemple, des textes de Bernard-Marie Koltès ou Peter Handke.

Vous êtes les nouveaux artistes en résidence au Centre des Bords de Marne pour les deux saisons prochaines. Comment envisagez-vous cette collaboration ?

Christian : C’est une nouvelle collaboration dont nous sommes très heureux. Nous venons de finir notre résidence à l’Arc en Ciel Théâtre de Rungis, et pouvons ainsi poursuivre notre travail dans le Val-de-Marne. C’est une Scène conventionnée danse et musique avec un grand plateau qui correspond à merveille à notre démarche actuelle.

François : Le Centre des Bords de Marne a une longue histoire avec la danse, qui nous fait bénéficier d’un public averti en la matière. De plus, grâce à ses nombreuses activités et à son environnement, c’est un lieu passant. Cela rejoint notre désir de faire connaître la danse à un public plus large. Donc nous imaginons tout un volet d’actions artistiques à mener. Comme « danse[A]part’ », qui consiste à  danser chez des personnes ayant invité quelques voisins ou amis.

Christian : La thématique qui sous-tend cette résidence s’intéresse à la notion d’écriture. Nous nous appuyons sur les spécificités de nos créations, qu’il s’agisse de Peuplé dépeuplé, avec la musique d’Olivier Lété et Emmanuel Scarpa, ou de Brûlent nos cœurs insoumis pour bâtir des actions autour d’un thème fort.

Pouvez-vous nous parler de la création qui sera programmée au CDBM dans le cadre de la Biennale du Val-de-Marne ?

Christian : Nous avons eu envie de renouer avec la dimension narrative, et de rassembler différents auteurs autour d’une dramaturgie plus textuelle tout en développant la relation à la musique. D’où cette création intitulée Brûlent nos cœurs insoumis, écrite à quatre mains avec le compositeur et musicien Ibrahim Maalouf  et l’auteur dramaturge Guillaume Poix. C’est aussi la première fois depuis dix ans que nous nous retrouvons ensemble sur le plateau, avec deux interprètes Félix Héaulme et Fabien Almakiewicz. Il y est question de  porter sa différence au plus profond de ce que l’on peut éprouver, comme une sorte d’irréductibilité de l’individu, un thème capital à nos yeux. Ibrahim et Guillaume nous apportent leur imaginaire, leur puissance, leur folie.

François : Cette création sera donnée avec de la musique « live », donc avec Ibrahim Maalouf et un quatuor à cordes, pour cinq représentations, notamment au Centre des Bords de Marne, au Perreux, mais aussi à la MAC de Créteil, à Perpignan et au Théâtre Paul-Eluard de Bezons.

Il y est, semble-t-il, question de fraternité… et d’insoumission.

Christian : La notion de fraternité est ancrée dans notre travail, même quand ce n’est pas un thème central, par essence, ça existe. Nous avions donc envie de requestionner notre fonctionnement et la nature de notre lien et de notre travail. Peut-être que nous pouvons ne pas nous prendre au sérieux, introduire de la dérision, de l’absurdité. Nous nous sommes lancés dans ce nouveau projet avec l’envie d’interroger ces notions de permission, d’explosion, pour nous autoriser un pas de côté. Comment résister aux injonctions, qu’elles soient sociales, politiques ou culturelles ?

 

Propos recueillis par Agnès Izrine

 

Infos pratiques

Centre des Bords de Marne

2, rue de la Prairie, 94170 Le Perreux-sur-Marne.

Tél. : 01 43 24 54 28

www.cdbm.org

Tarifs : De 10 à 18,50 €.

A propos de l'événement


2 Rue de la Prairie, 94170 Le Perreux-sur-Marne, France
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