Théâtre - Critique

Critique / région
Théâtre du Nord /Le Monfort/ d’Odön von Horváth / mes Christophe Rauck

Figaro divorce

Publié le 15 avril 2016 - N° 241

En 2007, il mettait en scène Le Mariage de Figaro à la Comédie-Française. Aujourd’hui, Christophe Rauck revient au personnage créé par Beaumarchais avec une version tout en nuances et densité de Figaro divorce, d’Odön von Horváth.

John Arnold et Cécile Garcia-Fogel dans Figaro divorce. 
Crédit : Simon Gosselin
John Arnold et Cécile Garcia-Fogel dans Figaro divorce. Crédit : Simon Gosselin

Ils sont là. Dans les clairs-obscurs d’une époque qui se cherche. Après bien des secousses et des révolutions. Et à la veille d’autres cataclysmes. Figaro, Suzanne, la comtesse et le comte Almaviva, Chérubin, Fanchette… Sortis du XVIIIème siècle de Beaumarchais pour se retrouver propulsés dans le XXème siècle d’Horváth. En 1936 exactement, ainsi que le précise l’auteur de Figaro divorce. C’est-à-dire dans un monde qui essaie de se réinventer dans une forme de pré-modernité. Un roi a été assassiné. Les privilèges de la noblesse ont été abolis. Du plus petit au plus puissant, l’égalité des droits semble effective. Mais est-ce le gage d’un bonheur assuré pour Figaro et son épouse ? Pas vraiment. Car si Suzanne a accepté de suivre celui qu’elle aime dans le salon de coiffure qu’il a ouvert sur leur terre d’exil, elle n’est pas du tout à son aise dans la nouvelle vie qui est la leur. Elle s’étiole, regrette la fougue et l’audace dont faisait preuve Figaro par le passé. L’indomptable « citoyen du monde » dont elle est tombée amoureuse s’est transformé en petit-bourgeois frileux et calculateur. En homme étriqué qui, face à toutes les incertitudes de l’existence, ne fait que se recroqueviller.

 Les errements de l’humain et les vagues de l’histoire

Malgré les supplications de son épouse, Figaro refuse par exemple de se lancer dans l’aventure de la paternité. C’est la renonciation de trop pour Suzanne, qui se résigne à demander le divorce. Des petites choses de la vie qui composent Figaro divorce, comme des grands questionnements sur les notions de liberté et de justice qui s’en détachent, Christophe Rauck fait un magnifique moment de théâtre. Un moment dense, à la fois précis et extrêmement nuancé, qui s’appuie sur une troupe de grande valeur. John Arnold, Caroline Chaniolleau, Marc Chouppart, Jean-Claude Durand, Cécile Garcia-Fogel, Flore Lefebvre des Noëttes, Guillaume Lévêque, le ténor haute-contre Jean-François Lombard, la pianiste et soprano Nathalie Morazin, Pierre-Henri Puente, Marc Susini forment l’humanité éparse de cette comédie aux accents mélancoliques. Une humanité troublante sur laquelle cette proposition d’une profonde exigence (traversée par de nombreuses vidéos et des musiques de Mozart, Wolf, Weill, Weber…) se garde bien de porter des jugements. A travers les errements des personnages réinventés par Odön von Horváth, ce sont les vagues désordonnées de l’histoire qui nous parviennent. Mais aussi toutes les ambivalences de femmes et d’hommes qui, de méprises en empêchements, ne cessent de nous toucher.

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l’évènement
Figaro divorce
du 3 mars 2016 au 11 juin 2016
Théâtre du Nord
4 Place Charles de Gaulle, 59800 Lille, France

Du 3 au 20 mars 2016. Mardis, mercredis et vendredis à 20h ; jeudis et samedis à 19h ; dimanches à 16h. Durée de la représentation : 2h20. Tél. : 03 20 14 24 24. www.theatredunord.fr


Egalement les 23 et 24 mars 2016 au Théâtre de Cornouaille à Quimper, les 8 et 9 avril au Théâtre Louis-Aragon à Tremblay-en-France, du 14 au 24 avril au Théâtre Kléber Méleau à Renens-Malley (Suisse), les 27 et 28 avril au Forum de Meyrin (Suisse), les 11 et 12 mai à la Comédie de Caen, les 17 et 18 mai à la Maison de la Culture d’Amiens, du 26 mai au 11 juin au Monfort Théâtre à Paris.


Commentaires
1 commentaire(s)
  • L’envers du décor - le 6 avril 2016 à 18 h 30 min

    Brillants acteurs, brillante mise en scène !

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