Théâtre - Entretien

Eichmann à Jérusalem ou les hommes normaux ne savent pas que tout est possible

Lauren Houda Hussein

Théâtre du Soleil / Texte de Lauren Houda Hussein / d'après le procès d'Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961 / mes Ido Shaked

Traiter sur scène du procès d’Eichmann qui s’est tenu à Jérusalem en 1961, voilà un défi théâtral considérable. Explications avec les concepteurs du projet, Lauren Houda Hussein et Ido Shaked.

Sous quel angle comptez-vous rendre compte de ce procès  ?

Lauren Houda Hussein : Comme notre titre l’indique, nous avons pris pour guide le livre d’Hannah Arendt Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal. Mais aussi sa correspondance avec Gershom Sholem, où ce dernier lui reproche de ne pas avoir d’amour pour le peuple juif. Nous avons également effectué un montage des minutes du procès traduites depuis l’anglais. Enfin, nous avons introduit une écriture de fiction sous la forme d’une sorte de voix du metteur en scène qui va rendre compte du processus de travail que nous avons traversé.

Ido Shaked : Globalement, il s’agit de rendre compte de la trajectoire d’un homme qui de commis voyageur devient celui qui administra la solution finale. On cherche à savoir ce qu’il représente de l’Humanité. On tente de décontextualiser le personnage pour étudier ce processus de déresponsabilisation, d’instrumentalisation des hommes. Il y a une forme de modernité de la Shoah, on ne veut pas voir le génocide comme un accident de l’Histoire, mais plutôt examiner comment il paraît s’inscrire comme fait inévitable dans notre modernité, et même dans la démocratie.

« L’angoisse est le véritable sujet de notre travail. » Ido Shaked 

Comment comptez-vous mettre cette matière en scène  ?

I.S. : On cherche à livrer ce texte du procès de la manière la plus simple possible, dans une mise en scène sobre et épurée. Et puis, le procès Eichmann a eu lieu dans « la maison du peuple », un lieu de spectacles pour l’occasion reconverti en tribunal. Il s’agit donc aussi pour nous de parler de théâtre, de quelle responsabilité, de quelle place on veut prendre avec cet outil.

L.H.H. : A la différence du théâtre documentaire de Weiss sur les procès de la Shoah, qui axe son travail sur les paroles des témoins, nous nous sommes centrés sur la parole du bourreau. Mais cette parole ne sera pas incarnée. Elle voyagera entre les comédiens. Un peu comme un Dibbouk. Scénographiquement, nous ne serons pas dans un tribunal mais dans un espace de travail, sur un plateau qui ne touche pas le sol, et qui modifie sa pente, son équilibre, au gré des déplacements des comédiens.

C’est une entreprise impressionnante à mener  ?

L.H.H. : Ça fait trois ans qu’on est terrifié ! On envisage chaque spectacle avec beaucoup d’intensité mais là c’est différent. On le sent. En travaillant au plateau, on est littéralement asphyxié. Parfois, on manque d’air.

I.S. : Le spectacle commence avec cette voix du metteur en scène qui explique que l’angoisse est le véritable sujet de notre travail.

Propos recueillis par Eric Demey

A propos de l'événement

du Jeudi 8 décembre 2016 au Dimanche 18 décembre 2016
Théâtre du Soleil
Route du Champ de Manoeuvre, 75012 Paris, France

Du mercredi au vendredi à 20h30

Le samedi à 15h30 et à 20h30

Le dimanche à 15h30

relâche le lundi 12 et le mardi 13 décembre


. Tel: 07 69 21 75 16.


Création mars 2016 au Théâtre Gérard Philipe CDN de Saint-Denis


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