Théâtre - Critique

Contagion

© Frédérique Ribis Côme Thieulin et Raphaël Almosni dans Contagion.

Critique

Théâtre Paris-Villette / de François Bégaudeau / mes Valérie Grail

Sidérée par les attentats (qui hélas ont encore horriblement frappé), Valérie Grail a commandé ce texte à François Bégaudeau, auteur notamment du célèbre Entre les Murs primé à Cannes. A travers trois fortes confrontations, l’écriture et son interprétation auscultent notre corps social malade. Avec science et conscience !    

C’est une tentative remarquablement maîtrisée qui dépasse les constats, le didactisme, la vindicte et les idées toutes faites, pour au contraire exprimer le doute et poser question. A la fois nourri et troublé par une conscience aiguë de sa perplexité face à un monde de plus en plus difficile à appréhender, François Bégaudeau déploie à la fois une pensée du désastre et une pensée contre le désastre. Grâce au théâtre, cette pensée s’inscrit dans un dialogue vivant avec une justesse, une finesse et un souci de sincérité de chaque instant. Commandé par la metteure en scène Valérie Grail lors de leur rencontre en mars 2016, le texte interroge le climat d’anxiété générale qui fait suite aux attentats, et établit un diagnostic en trois temps sur notre corps social. Trois confrontations successives qui résonnent entre elles et s’éclairent mutuellement. Dans la première, intitulé Contamination, Stéphane, un ex-prof, intervient à la demande de son père auprès de Maxime, adolescent sensible à la théorie du complot Illuminati. « C’est très difficile de ne pas respirer l’air qu’on respire. » dit Stéphane, qui sera malmené par la vivacité et l’à-propos du garçon. Dans Radicalisation, la seconde, Stéphane aspire à devenir journaliste et rencontre François-Xavier, rédacteur en chef. Le rapport à la jeunesse est au centre d’une conversation où les paroles se juxtaposent plus qu’elles ne dialoguent.

La réflexion plus que la réaction

Dans la dernière, Exfiltration, Stéphane est un comédien qui débat avec Alexandre, un auteur dramatique qui écrit une pièce sur le terrorisme. Un dernier acte métathéâtral comme une mise en abyme du désarroi de l’auteur face à un tel sujet. L’ensemble n’est pas dénué de traits d’humour et de piques acérées. Avec une aisance précise, le jeune Côme Thieulin (Maxime, François-Xavier, Alexandre) est saisissant de vérité. Raphaël Almosni (Stéphane) lui donne la réplique avec talent. Valérie Grail organise la mise en scène avec sobriété et efficacité, et laisse se déployer toute l’amplitude et les nuances du texte. Comme si le plateau devenait un support de réflexion sans aucune surcharge, d’autant plus épuré que les discours et commentaires après les attentats se sont accumulés en une cacophonie bruyante libérant les affects réactionnaires. Au contraire, l’absence d’images sur le plateau invite ici à la recherche du sens, à prendre de la distance par rapport aux virus de la peur, du soupçon et de la simplification. La peur évidemment légitime, mais dont l’exploitation politique l’est souvent moins. Face à la surenchère, se lit le désir paradoxal de l’auteur : se taire, parler d’autre chose ! Valérie Grail et François Bégaudeau questionnent en toute humilité la complexité du réel, au présent, et tentent d’agir grâce au théâtre. Comme une petite part d’antidote… A saisir !

Agnès Santi

A propos de l'événement

Contagion
du Mardi 6 juin 2017 au Dimanche 18 juin 2017
Théâtre Paris-Villette
211 Avenue Jean Jaurès, 75019 Paris, France

Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris. Du 6 au 18 juin, du mardi au jeudi à 20h, vendredi 9 à 19h, vendredi 16 à 20h45, samedi à 20h, dimanche à 16h. Tél : 01 40 03 72 23.  Egalement à l’Artéphile à Avignon Off du 7 au 28 juillet 2017. Durée : 1h30.


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