Classique / Opéra - Critique

Caligula ou l’art total

Publié le 10 février 2012 - N° 195

Exhumé au Festival de Charleville-Mézières, cet opéra baroque avec marionnettes est repris au Théâtre de l’Athénée.

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Caligula demeure décidément une source d’inspiration féconde… On connaissait la pièce de Camus et le péplum porno de Bob Guccione et Tinto Brass, sans doute l’un des films les plus scandaleux de l’histoire du cinéma. Mais il faudra désormais aussi compter avec un opéra signé Giovanni Maria Pagliardi. En septembre dernier, cet ouvrage, qui n’avait plus été monté depuis sa création à Venise en 1672, a été exhumé au Festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville-Mézières. L’originalité de cette production est de mêler instrumentistes, chanteurs et marionnettes. Un retour aux sources puisque l’opéra avec marionnettes était bien ancré en Europe aux XVIIème et XVIIIème siècles. Affirmons-le d’emblée : la résurrection de cet opéra est une pure merveille. A commencer par la musique – inventive, colorée, théâtrale –, qui n’a rien à envier à Monteverdi. Le livret, signé Domenico Gisberti, dépeint avec justesse (et même une certaine retenue) la folie de Caligula. Dans la fosse, l’interprétation de Vincent Dumestre, qui dirige depuis le théorbe son équipe du Poème harmonique, est impeccable stylistiquement et toujours imaginative, en particulier dans son traitement du continuo. Les chanteurs (Hasnaa Bennani, Jan van Elsacker…) répartis à droite et à gauche de la scène, comme dans une version de concert, caractérisent avec habileté leur personnage en dépit, parfois, d’une certaine acidité dans le grain ou de problèmes d’intonation – sans doute de simples péchés de jeunesse.

Décor de toiles peintes

Mais bien sûr, la réussite de cette production tient avant tout aux marionnettes, conçues par Mimmo Cuticchio. Ceux qui ont vu le film Le Parrain 3 connaissent ce marionnettiste sicilien, qui perpétue à Palerme la tradition ancestrale des « puppi », les marionnettes à tringle. Dans Caligula, Mimmo Cuticchio s’est entouré d’élèves, tous talentueux, de l’Ecole de la marionnette de Charleville-Mézières. Les poupées s’animent dans un décor de toiles peintes éclairé à la bougie. L’illusion est totale : avec un minimum d’effets, nous voilà plongés au cœur des affaires politico-sentimentales de la Rome antique. Pour ne rien gâcher, l’alliance avec la musique est parfaite : il faut voir Mimmo Cuticchio danser littéralement avec ses marionnettes sur les rythmes baroques. De l’art total avant l’heure !

Antoine Pecqueur


Caligula de Giovanni Maria Pagliardi, mise en scène Alexandra Rübner, Mimmo Cuticchio, les 8 et 9 mars à 20h, le 10 mars à 15h et 20h, le 11 mars à 16h, au Théâtre de l’Athénée, 75009 Paris. Tél. 01 53 05 19 19. Places : 19 à 43 €. (spectacle vu le 18 septembre à Charleville-Mézières)

Commentaires
1 commentaire(s)
  • Miklos » Alla breve. XXXIX. - le 20 octobre 2012 à 16 h 15 min

    […] des événements fort intéressants – ce qu’il peut aussi faire sans bouger de chez lui – nous incite vivement à aller voir Caligula, opéra baroque – dont le titre complet est tout un programme: Caligula Delirante – créé en […]

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