Avec « Et dire que j’ai ton sang dans mes veines », Clément Piednoel Duval prend le chemin de l’autofiction
Avec Et dire que j’ai ton sang dans mes [...]
Pour sa dernière pièce en tant que directeur du Théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad choisit de revenir à un texte de jeunesse, fougueux cri contre la laideur du monde. Une partition où sévit une outrance çà et là lassante, mais aussi un geste dédié à la jeunesse, avec de beaux interprètes.
Commencer et finir… Après 10 ans à diriger le Théâtre de la Colline où nous avons admiré nombre de ses œuvres, dont Tous des Oiseaux, Racine carrée du verbe être, parmi d’autres, Wajdi Mouawad a décidé de retourner à l’aube de son écriture, à ce texte achevé à l’âge de 19 ans, au Canada, pays d’exil où il a rencontré le théâtre. Comme ses ouvrages ultérieurs, cette pièce initiale est imprégnée du vécu de son enfance en pleine guerre civile libanaise, dans un monde marqué par la mort, la perte, et la violence – celle des autres et celle de soi. Un cri de colère et de désespoir contre la laideur du monde : tel est ce texte empreint de la fougue de la jeunesse, tel est le geste de Willy Protagoras, qui se barricade dans les toilettes pour faire chier tout le monde – littéralement. Évoquant le conflit libano-palestinien, la pièce met en jeu la vie d’un immeuble, à Beyrouth, où s’agitent des voisins qui commèrent et s’invectivent, où la cohabitation de deux familles mène au chaos. Les Protagoras possèdent le plus bel appartement, avec vue sur la mer. Il y a quelque temps, ils ont invité chez eux la famille exilée des Philisti-Ralestine. Le vivre ensemble vire au cauchemar et à la bataille rangée. Dans une veine grotesque et outrancière, volontiers scatologique, les mots fusent et se jettent à la figure de l’autre.
Contre les jeunesses broyées
Si la scène inaugurale au cordeau constitue une belle entrée en matière, la suite est inégale. Au fil du texte brouillon s’exprime une colère qui fuse en tous sens et prend des proportions extravagantes. La mère Philisti-Ralestine (excellente Johanna Nizard) défèque sur scène et ça empeste ! Y a-t-il quelque chose à sauver dans un monde aussi pourri et puant ? Que peuvent faire ceux qui le refusent, alors que la mort rôde et gagne la partie ? Même si le tumulte envahit la scène, la pièce éclaire ceux qui résistent. Willy bien sûr, qui continue de peindre avec son regard d’artiste, même enfermé dans les toilettes (Micha Lescot vraiment fortiche est bluffant). Sa sœur Nelly (Nelly Lawson), qui choisit de fuir. La fille Naïmé et le fils Abgar Philisti-Ralestine (Lucie Digout et Marceau Ebersolt) qui s’échappent vers le néant. Les pères Lionel Abelanski (Conrad Philisti-Ralestine) et Gilles David (Assad Protagoras) sont excellents. Le rapport au temps, à la nécessité du rêve, à la jeunesse s’affirme. Il est émouvant de lire que l’extraordinaire Mireille Naggar (la mère, Jeannine Protagoras) et le remarquable Maxime Louisaire (le notaire) ont participé à la création du texte, à Montréal. Des membres de la jeune troupe de La Colline et de diverses associations franciliennes sont aussi de la partie. Wajdi Mouawad encore et toujours s’élève contre les jeunesses broyées, les réconciliations impossibles, la fatalité de la violence.
Agnès Santi
Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30, le dimanche à 15h30, relâche dimanche 25 janvier. Tél. : 01 44 62 52 52. Durée : 2h45. www.colline.fr
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Avec une distribution pour partie modifiée, [...]