La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Monique Hervouët

Vertige identitaire

Vertige identitaire - Critique sortie Avignon / 2013 Avignon Le Grenier à sel
photo: Monique Hervouët

Grenier à Sel / Copies / de Caryl Churchill / mes Monique Hervouët

Monique Hervouët met en scène Copies de l’auteure britannique Caryl Churchill et explore les enjeux de la filiation et les questionnements identitaires à travers les fantasmes d’un père qui a cloné son fils. 

« C’est un théâtre de parole qui réclame sobriété de situation et présence irradiante des corps inquiets de leur légitimité. »

Que raconte cette histoire à la fois très  intime et universelle de Caryl Churchill ? Que dit la pièce sur l’univers familial ?

Monique Hervouët : C’est l’histoire d’un homme qui a voulu un jour « refaire sa vie ». De père. Anticipant la légalisation du clonage humain, l’auteure campe un sexagénaire rattrapé par son passé : trente années auparavant, il a fait fabriquer un double de son premier fils qu’il estimait avoir raté, tout autant que sa sinistre vie de marginal. La pièce s’ouvre sur la fracassante vérité mise à nu par une insoupçonnable enquête. Le fils original, abandonné à quatre ans à l’assistance publique, va rencontrer sa copie et l’un et l’autre, demandant des comptes à leur géniteur, vont être happés par un fatal tourbillon identitaire. Si le scénario futuriste nous tient en haleine dans un suspense atypique, l’écriture renvoie à de nombreuses questions encore vides de réponses.  Fait-on un enfant pour soi ou pour lui ? Quelles sont les limites à poser au fantasme de l’enfant parfait ? Jusqu’où peut aller l’expérimentation en matière de procréation ? La famille traditionnelle est-elle indispensable au développement d’un enfant ? Quelle est la part du génétique, du culturel, des circonstances dans ce qui fait  qu’on est qui on est ?

Comment vous êtes-vous confrontée à cette écriture très particulière, fragmentaire, avec beaucoup de phrases en suspens et de non-dits ?

M. H. : C’est comme une partition où le naturalisme des sentiments serait mis en musique. Les tempêtes intérieures des fils et du père occasionnent de nombreuses pannes à la fluidité d’une langue domestique que l’on sent ancrée dans un contexte social à la Ken Loach. Si parfois la parole de l’un est continuée par l’autre pour chercher l’accord, mensonges et vérités crues imposent silences et saccades pulsionnelles irréfléchies. C’est un théâtre de parole qui réclame sobriété de situation et présence irradiante des corps inquiets de leur légitimité.

Quel jeu théâtral imaginez-vous pour donner vie aux personnages du père et de ses trois fils, « tous identiques, mais pas pareils » ?

M. H. : Le théâtre lui-même est pris de vertige : un seul comédien pour 3 fils ! ( oui, car en fait la malice de Caryl Churchill multiplie les clones  à l’envi). Nous avons renoncé à l’attirail postiche d’un Frégoli (ndlr : célèbre transformiste italien). C’est encore plus troublant qu’ils se ressemblent vraiment tous, alors qu’ils sont si différents. Le recours à la technologie de l’image, nous offrant  la magie de l’ubiquité, suggère le trouble concret de la duplication des êtres. Si les Anglais ont un goût distingué pour le crime et  l’étrange, ils savent aussi, depuis longtemps, tricoter le tragique avec le grotesque. Caryl Churchill qui, à 75 ans, s’impose comme auteure majeure du théâtre britannique contemporain trop peu traduite en français, nous invite ici à mélanger les genres, en osant l’anticipation.

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Copies
du Dimanche 7 juillet 2013 au Samedi 27 juillet 2013
Le Grenier à sel
2 rue du rempart Saint-Lazare, 84000 Avignon
Avignon Off. Le Grenier à Sel, 2 rue du rempart Saint-Lazare.  Du 7 au 27 juillet à 15h20. Tél : 04 90 27 09 09.
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