La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Fabrice Murgia

Une société surcommunicante

Une société <i>surcommunicante</i> - Critique sortie Avignon / 2011

Publié le 10 juillet 2011

Après le succès du Chagrin des Ogres, le jeune auteur et metteur en scène belge Fabrice Murgia crée Life : Reset / Chronique d’une ville épuisée. Un spectacle sur la fin des libertés.

« En quoi ce qui se passe sur scène peut témoigner du monde ? » 
 
Life : reset / Chronique d’une ville épuisée est un spectacle sur la solitude. Comment avez-vous traité ce thème ?
Fabrice Murgia : Il s’agissait au départ de parler d’une multitude de solitudes, d’un réseau. J’en suis arrivé à traiter de la solitude parce que je voulais parler d’une société surcommunicante. Ma première vision était celle d’un immeuble aux fenêtres éclairées. Une multitude de petites cases, et peut-être des personnes seules. Un monde dans chacune d’entre elles. Pas un appartement, un monde. Un monde que l’on s’invente dans sa tête, mais aussi dans le virtuel, pour fuir la régularité de nos journées. La question de l’écran, du réseau social, a inévitablement été confrontée à celle de l’imaginaire. D’abord à travers la représentation de soi-même, la notion d’avatar, mais également sur le plan relationnel.
 
Qui est le personnage féminin qui se situe au centre de cette création ?
F. M. : Life : reset est une matière à rêver. On ne voit pas vraiment le visage de cette femme. Volontairement, elle n’est pas caractérisée avec précision. Chacun doit projeter son propre quotidien sur elle. Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’elle est, c’est la manière dont elle se regarde dans la salle de bain. C’est ça qui la définit. C’est ça qui nous définit.
 
Pourquoi avoir choisi d’élaborer un spectacle sans parole ?
F. M. : Cette femme est seule. Pourquoi parlerait-elle ? Et à qui ? On n’a pas forcément besoin de texte pour raconter une histoire, comme on n’a pas forcément besoin d’acteur. Il suffit qu’au moins une personne assiste à quelque chose. A mon sens, tant que la représentation prend corps dans l’ici et le maintenant, on a affaire à du théâtre. Le texte n’est pas au centre de mon langage, pas plus que la musique, la lumière, ou la vidéo. Avec l’histoire, c’est le rythme qui est ma principale préoccupation. En quoi ce qui se passe sur scène peut témoigner du monde, de l’humanité telle que je l’observe aujourd’hui ? Voilà la question que je me pose.
 
Quel rôle le virtuel joue-t-il dans votre spectacle ?
F. M. : Il s’agit d’un prolongement de l’imaginaire. Le virtuel forge l’identité numérique du personnage. A travers son ordinateur, cette femme peint son rapport au monde : comment elle vit, ce à quoi elle aspire et, ce qui est le plus important, comment elle se considère. Elle est dépossédée de toute identité lorsqu’elle n’est pas connectée. Ce spectacle parle de l’addiction au virtuel, c’est-à-dire de la façon dont cette dimension transforme le personnage dans ce qu’il a de plus intime.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat


Life : reset / Chronique d’une ville épuisée, texte et mise en scène de Fabrice Murgia à La Manufacture – Patinoire (Navette disponible) du 9 au 28 juillet, (relâche le 18 juillet) à 11H00. Tél : 04 90 85 12 71.

A propos de l'événement



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