La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Un tramway nommé désir

Un tramway nommé désir - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Cosimo Mirco Magliocca Légende photo : Anne Kessler donne à Blanche une grâce inquiète et folle.

Publié le 10 mars 2011 - N° 187

La pièce de Tennessee Williams entre poussivement au répertoire de la Comédie-Française, heureusement tirée par les comédiens mais plombée par l’esbroufe d’une mise en scène fardée de japonaiseries inutiles.

Sans doute fallait-il libérer le regard du spectateur du charme ombrageux de Marlon Brando et des mines farouches de Vivien Leigh, gravés dans la mémoire collective par le film d’Elia Kazan en 1951… Il fallait, pour faire entendre aujourd’hui la pièce de Tennessee Williams, craqueler le vernis des clichés collés sous la moiteur du Vieux Sud américain, rincer la langue de ses accents mélodramatiques et de ses mièvreries psychologisantes. Sans doute… Fondateur en 1970 de la compagnie new-yorkaise Mabou Mines, auréolé d’une réputation d’avant-garde, Lee Breuer s’attaque donc à ce Tramway mythique pour le faire entrer au répertoire de la Comédie-Française, qu’aucune œuvre américaine n’avait jusqu’alors défloré. Le metteur en scène ne s’est pas dérobé à la tâche. Il ne se contente pas d’épousseter la pièce, mais impose une esthétique et une lecture métaphorique, malencontreusement aussi affirmées que vaines.
 
« Je ne veux pas de réalisme. Je veux de la magie ! »
 
Harley pétaradante, tatouages à vue, allure tout cuir, whisky cola et folklore bariolé des musiciens… jouxtent un décorum orientaliste japonais, censé « illustrer l’esprit du Mississippi d’avant la guerre de Sécession. ». Inspiré du Bunraku, genre né au 16e siècle au Japon, des panneaux peints coulissent pour composer le décor, voire surligner le propos, tandis que les accessoires sont amenés par des kurogos. Cette fantasmagorie nippone pourrait évoquer le rêve où l’aristocratique et névrotique Blanche DuBois s’est réfugiée, brisée par la brutalité du destin, dégoutée par le vulgaire gourbi où sa sœur Stella s’est enfermée en épousant Stanley Kowalski, au fond d’un quartier populaire de la Nouvelle-Orléans. Mais ces japonaiseries version manga, justifiées dans le programme par une glose périlleuse, glissent vers la comédie pompière et les effets cinématographiques, accentués par les micros HF… Anne Kessler, qui donne à Blanche une grâce inquiète et folle, raillée de minauderies et de mépris, bouleverse mais finit par agacer à force de rester coincée sur la même note. Sensuel et brutal, Eric Ruf laisse entrevoir chez Stanley une complexité trouble, quand il n’est pas curieusement saisi de tics comiques par intermittence. L’émotion vient de Françoise Gillard (Stella) et Grégory Gadebois (Mitch) qui portent avec subtilité leur partition. Des méandres tortueux de ce huis clos vénéneux ne sourd qu’une mélodie trop barbouillée.
 
Gwénola David


Un tramway nommé désir, de Tennessee Williams, traduction de Jean-Michel Déprats, mise en scène de Lee Breuer. Jusqu’au 2 juin 2011, en alternance. Comédie-Française, place Colette, 75001 Paris. Rens. : 0 825 10 16 80 et www.comedie-francaise.org.

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