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Théâtre - Critique

« Uma Luz Cordial » de Carolina Bianchi, une partition plus textuelle que performative où s’expose un tumulte d’ambivalences

« Uma Luz Cordial » de Carolina Bianchi, une partition plus textuelle que performative où s’expose un tumulte d’ambivalences - Critique sortie Théâtre Paris THEATRE DE L’ODEON
Uma Luz Cordial, dernier volet de la trilogie de Carolina Bianchi © Mayra Azzi

Théâtre de l’Odéon / Texte et mise en scène de Carolina Bianchi

Publié le 30 août 2026 - N° 346

Créé en juillet au Festival d’Avignon, le troisième chapitre de la Trilogia Cadela Força de l’autrice, metteuse en scène et performeuse brésilienne Carolina Bianchi exprime ce que signifient pour elle l’écriture et la lecture. Une partition plus textuelle que performative où s’exprime une voix aussi désespérée que désespérante, où s’immiscent le sordide et l’intime, où s’expose un tumulte d’ambivalences.

Créée cet été au Festival d’Avignon, Uma Luz Cordial (« une lumière cordiale ») achève la Trilogia Cadela Força Trilogie des Chiennes ») que signe l’autrice, metteure en scène et performeuse brésilienne Carolina Bianchi. Lors de l’opus inaugural, Chapitre I – A Noiva e o Boa Noite Cinderela (« La Mariée et Bonne nuit Cendrillon », 2023), Carolina Bianchi, qui fut victime d’un viol une dizaine d’années avant de mettre en scène cet opus initial, ingère la drogue du violeur et devient un corps endormi, manipulable. Chapter II – The Brotherhood explore l’oppression et la solidarité masculines dans le monde de l’art, perpétuant le pouvoir et la violence, ainsi que « les paradoxes d’adoration et de répulsion que cette dynamique engendre ». Ce troisième et dernier chapitre (le seul que nous ayons vu) poursuit le voyage aux enfers, en s’aventurant dans « la forêt obscure » de la création. Elle y explore son expérience de l’écriture, mais aussi de la lecture, entre douleur et vertige. Le sens et la quête de vérité ne sont pas un sujet (et en effet au théâtre la magie et les forces souterraines peuvent supplanter le sens, même si ce n’est pas le cas ici). L’artiste fabrique selon ses mots « une immersion fictionnelle, spirituelle et sexuelle dans un processus d’écriture », puisqu’elle allie profondément écriture et sexualité. Toujours en proximité avec la cruauté et la mort, loin des repères et codes habituels de la conscience, l’artiste convoque des autrices et quelques auteurs qu’elle admire. Principalement la poétesse, écrivaine et dramaturge brésilienne Hilda Hilst (1930-2004), et la poétesse américaine Emily Dickinson (1830-1886), dont l’un des poèmes imprègne ce troisième épisode.

Processus d’écriture et sexualité

Dans cette pièce plus textuelle que performative, Carolina Bianchi apparaît surtout comme une voix incertaine qui parle abondamment, une voix paradoxale, qui semble acter à la fois l’impuissance de la langue à dire ce qui est, et la nécessité impérieuse de s’en remettre aux mots, malgré la perte d’identité. Présents quant à eux par leurs corps, les interprètes de la troupe investissent la scène. Toutes et tous sont nus, muets, et tels des spectres ou des incarnations fugaces de fantasmes, ils se montrent, s’agitent, s’adonnent souvent à une sexualité frénétique, comme une sorte de juxtaposition funeste à la voix de Carolina Bianchi. De manière manifeste, la partition que fabrique l’artiste fait place au sordide. Par exemple en mettant en scène un large extrait du journal Le cahier rose de Lori Lamby de Hilda Hilst, où une petite fille de huit ans – ici une marionnette – décrit son apprentissage sexuel tarifé avec délectation. Un ouvrage ironique et provocateur, évidemment dérangeant. Irriguée par de menaçants paradoxes, au cœur d’une intimité traumatisée, la pièce déploie un langage théâtral meurtri, obsessif, lassant.

Agnès Santi

 

A propos de l'événement

Uma Luz Cordial
du samedi 19 septembre 2026 au vendredi 2 octobre 2026
THEATRE DE L’ODEON
Place de l’Odéon, 75006 Paris

Chapitres I les 23 et 30 septembre, Chapitre II les 24 septembre et 1er octobre,  Chapitre III les 25 septembre et 2 octobre, Intégrale les 19, 20, 26 et 27 septembre (durée 10h avec entractes). Tél : 01 44 85 40 40. Dans le cadre du Festival d’Automne. Chapitre III vu à l’Opéra Grand Avignon, Festival d’Avignon 2026. Spectacles déconseillés aux moins de 18 ans.

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