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Théâtre - Critique

Ubu enchaîné

Ubu enchaîné - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Pascal Victor Légende : « Eric Cantona, Valérie Crouzet et Giovanni Caló dans Ubu enchaîné. »

Publié le 10 novembre 2011 - N° 192

Après avoir créé Ubu roi d’Alfred Jarry au milieu des années 1990 (ce fut sa première mise en scène), Dan Jemmett dirige aujourd’hui Giovanni Caló, Eric Cantona et Valérie Crouzet dans Ubu enchaîné. Un spectacle inabouti qui peine à trouver l’univers poétique qu’il cherche à faire naître.

Docteur en pataphysique et grand-maître de l’ordre de la Gidouille, François Ubu, dit le Père Ubu, possède une suite de titres et de distinctions longue comme le bras : capitaine de dragons, officier de confiance de l’ancien roi Venceslas, décoré de l’ordre de l’Aigle rouge de Pologne, comte de Sandomir et de Mondragon, marquis de Saint-Grégeois, roi d’Aragon puis de Pologne… Débarquant en France après avoir abandonné Varsovie, l’antihéros loufoque créé par Alfred Jarry (inspiré d’un professeur que l’écrivain et ses camarades de lycée portaient en dérision) décide de devenir esclave. « Puisque nous sommes dans le pays où la liberté est égale à la fraternité, laquelle n’est comparable qu’à l’égalité de la légalité, et que je ne suis pas capable de faire comme tout le monde et que cela m’est égal d’être égal à tout le monde puisque c’est encore moi qui finirai par tuer tout le monde, je vais me mettre esclave », lance le Père Ubu à la Mère Ubu.
 
Un ancien roi qui choisit de devenir esclave
 
Tout cela va nous mener à des aventures grotesques, tonitruantes, que Dan Jemmett met en scène en inventant un personnage de conteur décalé et énigmatique (Giovanni Caló). Un conteur qui vaque aux activités ménagères de son petit intérieur, tout en ouvrant ponctuellement le rideau d’un castelet au sein duquel le couple Ubu vient jouer les exubérances et les boursouflures de son « monde ubuesque ». L’idée est bonne mais ne passe pas l’épreuve du plateau. Car si Eric Cantona et Valérie Crouzet confèrent l’énergie nécessaire à leurs personnages hauts en couleur, Giovanni Caló ne parvient pas à faire surgir l’ailleurs plein de sensibilité que sa présence appelle. Dans la grande salle de L’Avant-Seine, en octobre dernier, cet Ubu enchaîné tournait à vide, entre de joyeux moments de bouffonnerie et des moments d’inspiration poétique sans réussite. Balançant entre deux dimensions qui s’emboitaient de manière artificielle, la pièce d’Alfred Jarry perdait beaucoup de sa drôlerie et de sa cruauté.
 
Manuel Piolat Soleymat


Ubu enchaîné, d’après l’œuvre d’Alfred Jarry ; adaptation de Dan Jemmett et Mériam Korichi ; mise en scène de Dan Jemmett. Du 18 au 26 novembre 2011. Les mardis, jeudis, vendredis, samedis à 20h30 et les mercredis à 19h, relâches les dimanches et lundis. Théâtre du Gymnase, 4, rue du Théâtre Français, 13001 Marseille. Réservations au 0 820 000 422 et sur reservation@lestheatres.net. Spectacle vu le 18 octobre 2011, à L’Avant-Seine de Colombes. Durée de la représentation : 1h.
 
Egalement les 3 et 4 novembre 2011 au Théâtre Archipel de Perpignan, du 8 au 15 novembre au Théâtre de Namur, le 29 novembre au Théâtre de l’Olivier à Istres, les 2 et 3 décembre au Théâtre de Grasse, du 6 au 10 décembre au Quartz de Brest, du 14 au 17 décembre au Théâtre de Nice, les 27 et 28 janvier 2012 à la Scène nationale de Bourg-en-Bresse, les 3 et 4 février au Théâtre de Béziers, du 8 au 16 février au Théâtre des Célestins à Lyon, le 3 mars au Théâtre de Corbeil-Essonnes, du 6 au 9 mars au Théâtre de Caen, du 16 mars au 14 avril au Théâtre de l’Athénée.

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