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Théâtre - Critique

Tout le monde ne peut pas être orphelin de Jean-Christophe Meurisse

Tout le monde ne peut pas être orphelin de Jean-Christophe Meurisse - Critique sortie Théâtre France En tournée
Tout le monde ne peut pas être orphelin des ''nouveaux'' Chiens de Navarre CR : Philippe Lebruman

De Jean-Christophe Meurisse

Publié le 8 novembre 2019 - N° 07/12/2019

Nouvelle équipe et sensible mutation des formes pour le dernier opus des Chiens de Navarre,

Amour, patrie, et maintenant famille. Avec Tout le monde ne peut pas être orphelin, les Chiens de Navarre changent de cible mais aussi de style, un peu. Car les Chiens d’origine – on n’osera pas dire de race – ont quitté le groupe au fil des deux dernières créations. Et, paradoxe en forme de quasi lapsus, Jean-Christophe Meurisse, le metteur en scène historique de la troupe, a choisi des anciens de la troupe des Deschiens, Lorella Cravotta et Olivier Saladin, comme chefs de file et de famille de sa nouvelle création. Ex soixante-huitards hédonistes qui soulèvent la colère de leurs enfants nés après les Trente Glorieuses. Puis Père et Mère symboliques freudiens. Grand-père lisant son journal et mamie gâteau. Mamma mourante et senior grabataire. Les deux comédiens endossent, d’un tableau à l’autre, une palette familière de figures parentales. Autour d’eux, les nouveaux chiots – Charlotte Laemmel, Vincent Lécuyer, Hector Manuel,  Alexandre Steiger, Judith Siboni – tour à tour enfants, petits ou grands, pièces rapportées ou même papa sapin, membres puînés des  familles type  et  mythique qui se succèdent. Toute cette meute tourne en rond de la salle à manger au salon, en passant parfois par les chiottes. Une guirlande de schémas familiaux accrochés un soir de Noël aux branches du sapin que le spectacle fait miroiter dans un décor globalement réaliste et stable, esquissant ainsi une forme de continuité narrative et un théâtre d’acteurs qui s’éloigne sensiblement des cabrioles performatives d’antan.

La famille pèse mais manque

Toutes ces nouveautés n’empêchent pas la fidélité des Chiens à leur fameux esprit carnavalesque. Sang, sexe, bite à l’air et caca prout ont longtemps fait briller l’imagination de la troupe. Mais le gore d’une Médée dévorante ou les ennuis gastriques d’une femme enceinte  tournent dans cet opus en triste recyclage des anciennes libérations cathartiques. On prendrait un plaisir suspect à brûler les anciennes idoles, à regretter que ce qui change ne soit plus comme avant. Et il est sûr que le goût de la transgression, l’aiguisé de l’œil satirique et l’éternelle mélancolie des Chiens, sans laquelle le rire ne serait pas une blessure, demeurent. Que les interprètes assurent. Que l’enterrement de la Mamma et la toilette du grabataire ébranlent. Nonobstant ces qualités, sans être orphelins d’un esprit, les Chiens en ont incontestablement perdu quelque chose en route. Quoi exactement ? Difficile à cerner. Les formules claquent différemment quand s’éloigne le sentiment de l’impro. Le passage en revue des archétypes esquisse une écriture quand le foutoir poussait au débridé. Dans Tout le monde ne peut pas être orphelin, la famille pèse mais manque, fait à la fois grandir et régresser. Au théâtre, il paraîtrait que c’est pareil.

Eric Demey

 

A propos de l'événement

Tout le monde ne peut pas être orphelin.
du Mardi 26 novembre 2019 au Mardi 12 novembre 2019
En tournée

à la Grande Halle de la Villette du 26 novembre au 7 décembre. En décembre à Alfortville et à Cergy Pontoise. En janvier à la MC 93.


Spectacle vu à la MAC Créteil


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