La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Classique / Opéra - Entretien

Thierry Pécou

Thierry Pécou - Critique sortie Classique / Opéra
Thierry Pécou PH. Martin Polàk

Publié le 10 janvier 2008

Les Sacrifiées : se confronter aux conventions de l’opéra

À l’initiative de son complice metteur en scène Christian Gangneron, le compositeur français Thierry Pécou (né en 1965) donne naissance à son premier opéra. S’appuyant sur un texte de Laurent Gaudé, il a souhaité une œuvre forte, s’inscrivant dans la réflexion sur la tragédie lyrique menée par la compagnie lyrique l’Arcal, et reprenant à son compte l’enjeu cher à Gangneron de « parvenir à faire du théâtre lyrique, le lieu où résonnent les tragédies d’aujourd’hui ». L’ouvrage évoque les thèmes de la malédiction, du sacrifice, de la maltraitance faite aux femmes, de la guerre d’Algérie ou encore du fanatisme religieux.

« Les Sacrifiées » est votre premier opéra. Pourquoi cette "première fois" intervient-elle maintenant dans votre parcours de compositeur ?
Thierry Pécou : Avant Les Sacrifiées, il y a eu des partitions affichant une ambition scénique, mais plus proche d’une forme d’oratorio renouvelé par une dimension rituelle : La Ville des Césars et surtout Passeurs d’eau dont le cd vient de sortir chez Intégral Classic. Puis mon réel premier opéra,  « Hop et rats », était à l’origine destiné au jeune public et chanté par 40 enfants en scène. Avec Les Sacrifiées, j’ai voulu me confronter aux conventions de l’opéra, sans biaiser : raconter une histoire, avec une dramaturgie lisible, plutôt, qu’une énième déconstruction du genre.
 
Quels sont les opéras composés au cours de ces 25 dernières années qui vous ont réellement marqués’
T.P. : Cela surprendra peut-être, mais j’aime les opéras de Stockhausen, qui font ricaner à Paris à cause de leur soi-disant naïveté, mais constituent pourtant de beaux contes philosophiques, et surtout des partitions musicales d’une impressionnante puissance d’imagination. Montag aus Licht, que j’ai vu à Paris dans les années 80, a laissé une trace profonde dans ma mémoire.
Comment avez-vous abordé ce projet important?

T.P. :
Ce qui m’intéresse dans l’opéra, c’est sa dimension populaire ; ce pouvoir de fascination qui représente des situations de façon totalement artificielle, plus encore qu’au théâtre, mais avec une capacité énorme à entrer en résonance avec la réalité. C’est pourquoi je voulais traiter un sujet contemporain et en même temps universel. Parler de ce qui nous touche très directement et très immédiatement tout en le replaçant dans quelque chose de plus large, qui touche au mythique et aux questionnements fondamentaux de l’humanité. Cette proximité du présent et du mythique, je l’ai trouvée dans la pièce de Laurent Gaudé, dans ses romans aussi. L’association m’est apparue évidente. Et puis, j’ai senti une parenté entre les textes de Gaudé et mes partitions dans leur nécessité du dépaysement, du détour par d’autres cultures comme source d’interrogation et de revitalisation de sa propre culture.
 
 « Cette proximité du présent et du mythique, je l’ai trouvée dans la pièce de Laurent Gaudé.  »
Comment la dimension profondément tragique du texte a-t-elle nourri votre réflexion et votre inspiration musicale ?
 
T.P. : Le tragique, au fond, c’est la complexité ambiguë de toute situation, la réversibilité de l’histoire (l’opprimé devient l’oppresseur par exemple). Ce qui m’intéressait en composant, aidé par le texte de Gaudé imprégné des structures issues de la tragédie grecque, c’était que la musique permette aux personnages de s’incarner avec une force tranchante, presque magique, et donne au texte une portée physique. Pour paraphraser Borges, je dirais que le texte mis en musique a toujours deux visées : communiquer un fait précis et nous atteindre physiquement comme le voisinage de la mer.
 
A quelques semaines de la première, quel est votre sentiment intérieur ?
 
T.P. : J’ai surtout une grande curiosité à suivre le travail de répétition. Une production d’opéra c’est un peu une ruche. Ça travaille dans tous les coins : chanteurs et instrumentistes, mise en scène, ateliers de costumes, décor, vidéo… la musique finirait par passer au second plan. Puis, comme par magie, souvent au dernier moment, tout s’assemble et prend vie.
Propos recueillis par Jean Lukas


 
Les 11 et 12 janvier à 20h30 à la Maison de la Musique de Nanterre (92). Tél. 01 41 37 94 21.
Les 25 et 26 janvier à 20h30 au Théâtre Silvia Monfort (75). Tél. 01 56 08 33 88.

Puis, le 2 février à Chevilly-Larue (01 41 80 69 60), le 9 à Beynes (01 34 91 06 62), le 14 à l’Opéra de Massy (08 92 70 75 75).

A propos de l'événement



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