La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Tendre Jeudi

Tendre Jeudi - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Eric Legrand Légende photo : Une troupe de déjantés sublimes ruisselant de tendresse.

Publié le 10 mars 2008

En funambules et en arpenteurs du désenchantement, les membres de Sentimental Bourreau recréent la déglingue illuminée des personnages de Steinbeck avec un sacré talent !

Rue de la Sardine, à Monterey : toute une faune de désaxés au grand cœur arrange les amours de Doc, spécialiste des poulpes reclus dans son laboratoire, et Suzy, la putain lucide. Doc le neurasthénique est sauvé de son naufrage intérieur par la fille de joie doucement flottante qui s’appuie sur la dérive de ses compagnons d’infortune, Fauna, Mack, Hazel et Marie-Joseph. Tout part à vau-l’eau, rien n’est vraiment étanche, les poches sont percées, les secrets sont éventés et les bons plans sont tous foireux dans cette rue incroyable où rien ne tient que l’infinie tendresse qui relient les êtres entre eux et leur permet de ne pas complètement perdre pied. Cette impression de fluctuation un peu glauque, de déséquilibre permanent, de roulis intérieur, de tangage métaphysique, de brumes alcoolisées et de brouillards affectifs est remarquablement rendue par la scénographie et le jeu des acteurs. Plusieurs plans cohabitent sur scène et l’intrigue passe de l’un à l’autre sans rupture, en suivant les comédiens avançant comme des funambules éméchés sur l’installation métallique ingénieuse qui organise l’espace. Cette intelligente mise en espace est le reflet et le moyen de la remarquable adaptation que signent Mathieu Bauer et Irène Bonnaud parvenant à reproduire la minutie de l’écriture en éclats de Steinbeck, ciselant chaque détail puisque seule leur collection permet de comprendre les enjeux cachés derrière la banalité de cette cour des miracles.
 
Totalité et harmonie
 
Soutenue par la musique, guidée par la voix off, l’attention du spectateur est donc sollicitée sans être contrainte et passe d’une scène à l’autre avec cette fluidité un peu chaloupée des putes et des ivrognes. Si l’installation scénique fait appel autant à la musique qu’au jeu ou à la vidéo, rien n’est en trop, rien n’est superflu, rien ne relève du gadget dans ce spectacle qui réussit le paradoxal équilibre entre la profusion inventive et la pureté homogène d’un projet artistique dont on sent qu’il est maîtrisé de part en part. Sur ce fond scénographique très abouti, le jeu des comédiens se déploie avec une aisance et un naturel épatants. Le ton est juste, l’intime côtoie le délire festif avec une belle harmonie et l’ensemble compose un spectacle total qui ruisselle de cette humanité dont Steinbeck enveloppe ses personnages et que la troupe entière porte avec une chaleureuse authenticité.
 
Catherine Robert


 

Tendre Jeudi, d’après John Steinbeck ; adaptation de Mathieu Bauer et Irène Bonnaud ; mise en scène de Mathieu Bauer. Du 10 au 20 mars 2008. Lundi et vendredi à 20h30 ; mardi et jeudi à 19h30 ; dimanche 16 mars à 17h ; relâches le mercredi et le samedi 15 mars. Nouveau Théâtre de Montreuil, 10, place Jean-Jaurès, 93100 Montreuil. Réservations au 01 48 70 48 90.

A propos de l'événement



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