La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Sylvie Orcier

Sylvie Orcier - Critique sortie Théâtre
Crédit : DR

Publié le 10 mars 2011 - N° 187

Quand Karl Valentin croise la route des Pink Floyd et de Tex Avery…

Pour sa deuxième mise en scène, Sylvie Orcier investit l’univers de Karl Valentin. Elle crée Vols en piqué dans la salle, un hommage au célèbre artiste de cabaret allemand (1882-1948) traversé par des éclats de culture pop des années 1970 et 1980.

Qu’est-ce qui vous a amené à envisager de travailler sur des textes de Karl Valentin ?
Sylvie Orcier : Je suis arrivée jusqu’à Karl Valentin par le biais de Bertolt Brecht, qui vouait une grande admiration à cet artiste. Lorsque j’ai joué dans La Noce, de Brecht, mis en scène par Patrick Pineau, il y a deux ans (ndlr, Sylvie Orcier a également signé la scénographie de ce spectacle), Patrick et moi nous sommes mis à lire les textes de Karl Valentin, à regarder ses films. Nous avons été très intéressés par son œuvre, bien sûr, mais aussi par son histoire, sa vie de clown résistant à tendances paranoïaques, d’homme persécuté par ses angoisses qui ne pouvait pas sortir de Munich… Il s’agit vraiment d’un être très touchant. Lorsque Patrick m’a demandé si je voulais mettre en scène un spectacle à partir de ses textes, j’ai immédiatement dit oui.
 
« Karl Valentin incarne la déchirure entre un monde qui tourne trop vite et l’existence poétique d’un homme qui joue du pipeau. »
                                                                                      
Quels aspects de l’univers de Karl Valentin vous touchent particulièrement ?
S. O. : Le mélange de burlesque et d’absurde, de loufoque et de noirceur qui peut parfois être terrifiant. Karl Valentin communique des émotions très fortes. Il incarne la déchirure entre un monde qui tourne trop vite et l’existence poétique d’un homme qui joue du pipeau. D’une certaine façon, il donne l’impression de porter en lui-même l’humanité entière.
 
Ce spectacle est avant tout, pour vous, un hommage que vous souhaitiez rendre à cet artiste inclassable…
S. O. : Oui. Un hommage qui, bien sûr, ne cherche pas à reproduire ce que Karl Valentin faisait, à copier l’univers de cet artiste qui était à la fois clown, auteur, musicien, poète… Nous sommes neuf techniciens et comédiens sur scène pour Vols en piqué dans la salle (ndlr, Sylvie Orcier elle-même, aux côtés de Jean-Philippe Bellevin, Nicolas Bonnefoy, Nicolas Daussy, Florent Fouquet, Nicolas Gerbaud, Charlotte Merlin, Patrick Pineau et Renaud Léon).
J’ai voulu mettre tout le monde sur le plateau et recréer un univers de cabaret mêlant des textes datant de 1917 à 1940, des musiques de Nicolas Daussy, mais aussi des éléments issus de mon propre univers, de mon propre imaginaire. 
 
Quelles sortes d’éléments ?
S. O. : Des choses qui font partie de mon histoire, comme la musique des Pink Floyd, par exemple, ou le rap, la bande dessinée, l’univers de Tex Avery, de Tim Burton, des Monty Python, de Chaplin, de Ken Loach, de Marc-Antoine Mathieu… J’ai créé un cabaret théâtral au sein duquel les textes de Karl Valentin se mélangent à toutes ces références issues de la culture pop des années 1970 et 1980. Cela afin de faire se traverser des éclats du monde d’hier et d’aujourd’hui, des éclats qui se conjuguent pour faire apparaître toute la modernité de Karl Valentin.
 
Qu’est-ce qui fait le lien entre Karl Valentin et ces références aux années 1970-1980 ?
S. O. : C’est moi, c’est l’admiration que j’ai pour tous ces artistes qui, chacun à sa façon, brassent et interrogent l’humain. Il était très important pour moi de mettre l’accent sur la dimension sociale des textes de Karl Valentin, de rendre vivante la folie du monde qui est ancrée dans son œuvre. De textes frivoles, purement comiques, à des textes plus acerbes et plus sombres, Karl Valentin dénonce les dérives du monde tout en faisant éclater son humour, sa poésie. Karl Valentin dit des choses incroyablement actuelles sur l’économie, le capitalisme, l’impérialisme, la pauvreté… Il est impressionnant, aujourd’hui, d’entendre ses mots et de se rendre compte à quel point rien n’a changé, à quel point l’histoire de l’homme tourne en rond !
 
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat


 
Vols en piqué dans la salle, de Karl Valentin (textes français de Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil, publiés par les Editions Théâtrales) ; mise en scène de Sylvie Orcier ; musique originale de Nicolas Daussy. Du 8 au 20 mars 2011. Les mardis, mercredis, vendredis et samedis à 20h30, les jeudis à 19h30, les dimanches à 17h. Théâtre Firmin-Gémier, place Firmin-Gémier, 92160 Antony. Réservations au 01 41 87 20 84 ou sur www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr

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