La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Stück Plastik

Stück Plastik - Critique sortie Théâtre Alfortville Théâtre-Studio d’Alfortville
© François Goizé Stück plastik

Théâtre Studio d’Alfortville / mes Maïa Sandoz

Avec Stück Plastik, Marius von Mayenburg vise la petite bourgeoisie à travers une satire familiale dont Maïa Sandoz peine à assumer la folie et la cruauté.

Stück Plastik – ou « une pièce en plastique », traduit Maïa Sandoz en sous-titre – a ceci de séduisant qu’on y retrouve en condensé toutes les obsessions d’un auteur fort apprécié pour son exploration des zones les plus sombres de notre présent. Soit Marius von Mayenburg, qui exerce depuis 1999 ses talents d’écriture, de dramaturgie et de traduction à la Schaubüne, à Berlin. Rejet de la différence, hypocrisie du jeu social, culte de l’argent, déviances sexuelles, rapport maladif au travail, à l’image, à la nourriture… Déjà développés dans Visage de feu (2001), Le Moche (2008) ou encore Martyr (2013), tous ces thèmes se retrouvent dans Stück Plastik, sa dernière pièce. « Un cadeau parce que c’est un terrain de jeu frontal », dit dans sa note d’intention Maïa Sandoz, qui après sa trilogie Le Moche – Voir Clair – Perplexe (2013) ose donc une nouvelle immersion dans le grand bain anti-libéral de Marius von Mayenburg. Plus totale encore que la précédente, car en plus de signer la mise en scène du spectacle, c’est cette fois aux côtés de ses quatre interprètes qu’elle aborde l’écriture au cordeau de l’Allemand. Au milieu d’un dispositif quadrifrontal où est installée une ébauche de salon – un vaste canapé, une peau de bête en guise de tapis et quelques objets du quotidien – qui met le public dans une position de voyeur dont la curiosité est d’emblée alimentée. Et pas seulement avec les petits légumes que, dans son rôle d’artiste contemporain, Serge Bavian vient servir à Michael (Paul Moulin), Judith (Aurélie Vérillon) et à leur fils (Maxime Coggi) dans le cadre d’une performance sur la société de consommation. Dans Stück Plastik, von Mayenburg ne se prive d’aucune des horreurs familiales dont il raffole.

Ménage à cinq

Très simple, l’argument est avant tout pour l’auteur un prétexte au massacre de sa cible favorite : la petite bourgeoisie, dont la petite cellule très nucléaire de Pièce en plastique est une représentante tout ce qu’il y a de plus typique. Comme La Cérémonie (1995) de Claude Chabrol, le spectacle donne à voir le quotidien d’une famille bouleversé par l’arrivée d’une femme de ménage. À la différence que Jessica, interprétée par Maïa Sandoz, n’a rien en elle de la violence qui mène l’héroïne du film au fameux assassinat final. Presque aussi mutique que l’héroïne d’Yvonne, princesse de Bourgogne – très classique, l’intrigue sollicite notre mémoire de spectateur –, elle est comme elle un miroir de la petite société qui l’entoure. De ses secrets plus proches du caniveau que du jardin. D’une intolérance que l’auteur, en multipliant les scènes de dispute entre les membres de sa famille on ne peut plus dysfonctionnelle et son artiste Haulupa, décline jusqu’à l’écœurement. Ce qu’échoue à traduire sur scène Maïa Sandoz, qui a tendance à mettre le tragique, le didactique, le poétique et tous les registres auxquels emprunte Marius von Mayenburg au service d’un seul : le comique. Entre dialogues et discours adressés au public, son spectacle manque de l’audace nécessaire pour porter cette partition monstrueuse. À l’image des personnages qui en sont les porte-voix. Servies avec un air souvent trop badin, les atrocités de cette Pièce en plastique sont de celles qui s’en vont après lavage.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Stück Plastik
du Jeudi 13 décembre 2018 au Samedi 22 décembre 2018
Théâtre-Studio d’Alfortville
16 rue Marcelin-Berthelot, 94140 Alfortville

à 20h30. Tél. : 01 43 76 86 56. www.theatre-studio.com. Également du 7 au 11 janvier 2019 à la MC2 de Grenoble.


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