La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Stuart Seide

Stuart Seide - Critique sortie Théâtre
Photo : Pidz

Publié le 10 mai 2008

Un feu d’artifice satirique sur la condition féminine.

Tout en parcourant le monde de Dommage qu’elle soit une putain de John Ford ou les territoires de Beckett et de Pinter, le directeur du Théâtre du Nord, Stuart Seide, aime emprunter certains chemins de traverse comme Alice et cetera, des formes brèves de Dario Fo et Franca Rame. Un regard pointu et corrosif sur l’éternelle condition féminine.

Vous ressentez la nécessité de varier les styles…
Stuart Seide : Le théâtre de Dario Fo et Franca Rame est un bain de jouvence qui fait l’éloge du plaisir du théâtre, même si les sujets traités sont des satires sociales amères. C’est une façon pour moi de retourner au théâtre de tréteaux, un espace dépouillé, un plateau nu : une table, un fauteuil, un canapé, et l’on refait le monde. Cette revendication de la jouissance de faire du théâtre est de la même intensité que celle du théâtre de Shakespeare, plus dense certes avec sa dimension philosophique et métaphysique. Dario Fo et Franca Rame parlent concrètement des choses simples de la vie tout en rappelant qu’on est au théâtre. Je fréquente leur œuvre comme je ferais un pas de côté, un voyage dans un pays loufoque et libre, moins rigoriste mais plus rigoureux pour ce qui est du comique. Une légèreté qui dit les choses importantes, un art d’improviser, comparable à du champagne pétillant.  

Comment vous êtes-vous arrêté sur ces pièces-là de Dario Fo et Franca Rame ?
S. S. : J’ai abordé ces petites formes avec les élèves du Conservatoire de Paris, il y a dix ans. Aujourd’hui, la distribution de Alice et cetera est composée de jeunes acteurs du collectif du Théâtre du Nord, Sébastien Amblard, Chloé André, Anne Frèches, Jonathan Heckel, Anna Lien et Caroline Mounier. Ces acteurs, après leur sortie d’école, ont prolongé de deux années leur activité professionnelle lilloise. Leur cycle s’achève avec ce feu d’artifice satirique et corrosif. Les préoccupations d’Alice et cetera que l’on croyait réservées à l’intelligentsia post-soixante-huitarde et à la mauvaise foi bourgeoise sont aussi celles de la jeunesse d’aujourd’hui.
 
« Une légèreté qui dit les choses importantes, un art d’improviser, comparable à du champagne pétillant. »
 
Quel est le sujet de Alice et cetera ?
S. S. : Dario Fo – Prix Nobel – donne ses lettres de noblesse au rire utile appréhendé comme révélateur. Ces formes brèves procèdent davantage de l’univers de Franca Rame, un regard féminin et parfois féministe sur la femme. L’inventivité de la parole de Dario Fo a fait le reste. Ces trois pièces sont liées et accordent des variations à la thématique de l’homme et de la femme. On peut encore les apprécier comme des exemples de visions féministes dans un monde d’hommes. La question est de savoir comment réagissent les femmes face aux hommes dans notre société.

Quelle est la singularité propre à ces formes brèves ?
S. S. : Alice au pays sans merveilles est un texte à la fois onirique et cauchemardesque. Comme Alice aux pays des merveilles de Lewis Carroll, il s’agit d’un voyage fantasque et fantastique digne de Monty Python et de l’écriture automatique. Cette Alice d’aujourd’hui tombe dans un trou et rencontre un lapin pornographe et des arbres lascifs, des personnages ambigus de notre monde. Ce délire est accentué par la multiplication d’Alice en trois jeunes femmes. Sont-elles innocentes ou jouent-elles à l’être ?

De quoi traitent les deux volets,
Je rentre à la maison et Couple ouvert à deux battants ?
S. S. : Je rentre à la maison est un solo en forme de sketch qui raconte vingt-quatre heures de la vie d’une femme, une journée particulière où elle se voit passer entre les bras de trois hommes différents. Cette femme, mariée et mère, est jouée par un homme. L’aspect clownesque et grotesque du sketch enjoint le jeune acteur à faire l’expérience d’un voyage dans la peau d’une femme. Quant à Couple ouvert à deux battants, la pièce fait appel aux techniques et à l’écriture du vaudeville et du boulevard. Cette troisième pièce est utilisée comme référence aux deux premières, comme si la protagoniste de Couple… imaginait dans un moment de crise les deux autres. La pièce développe un regard sarcastique et sans pardon depuis notre propre milieu bourgeois. La femme cherche à construire son bonheur à elle, un bonheur qui n’exclut pas l’homme. Elle ne peut s’épanouir dans un monde de domination et de mauvaise foi masculines qui la piègent mais qui piègent l’homme en même temps. Si la femme n’est pas libre, l’homme non plus.
Propos recueillis par Véronique Hotte


Alice et Cetera

De Dario Fo et Franca Rame, mise en scène de Stuart Seide, du 29 mai au 12 juin 2008, du mardi au samedi 20h, jeudi 19h dimanche 16H au Théâtre du Nord 4 place du Général de Gaulle 59000 Lille Tél : 03 20 14 24 24 www.theatredunord.fr

A propos de l'événement



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